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Élargir le rôle de l'infirmier libéral : autonomiser le patient

Il a commencé par faire le ménage dans des EHPAD. Aujourd'hui, il porte pour l'Occitanie une expérimentation d'organisation libérale qui rassemble plus de 130 infirmiers sur l'ensemble du territoire. Entre deux, Dominique Jakovenko nous retrace son parcours, le sourire aux lèvres et toujours guidé par sa passion : le prendre soin.

D'agent d'entretien hospitalier à infirmier libéral : le virus du soin

Dominique a commencé par accompagner sa mère, aide-soignante dans un EHPAD, avant de passer son bac. "C'est là que j'ai chopé le virus du soin", confie-t-il au micro des Transformateurs. Après son bac, il rentre à l'AP-HP en tant qu'homme d'entretien, avant de devenir agent des services hospitaliers. Puis, aide-soignant, prise de poste suivie d'une spécialisation en réanimation. Et enfin, infirmier.
Installé à 35 km de la clinique où il travaille, il commence à être freiné par ses conditions de travail. Il part alors observer la tournée d'une collègue libérale, ce qui marque un grand tournant pour lui. Conquis par le pivot que marque le libéral entre les gestes techniques et le rôle d'écoute et de soin, Dominique se lance et s'entoure de quelques collègues avec lesquelles il organise les tournées dans son secteur.

Une relation unique avec ses patients : le care au-dessus du cure

Dominique constate rapidement qu'il a tout gagné grâce à la relation qu'il prend soin de nourrir avec ses patients. Les sourires et les confidences que lui font ses patients sont la plus belle des récompenses. Pour lui, le prendre soin, c'est avant tout de l'écoute, et mettre l'humain avant tout. Le geste technique ne doit jamais se faire au détriment de chaque personne unique qui reçoit le soin.

"Prendre soin, c'est écouter le patient et trouver la petite étincelle qui fait qu'il va se sentir unique".

Les débuts de l'aventure Équilibres (équipes infirmières libres, responsables et solidaires)

Lors d'un congrès sur les pratiques infirmières, Dominique rencontre Jos de Blok au cours d'une conférence. On lui propose dans la foulée de porter une expérimentation de l'article 51 consacrée aux infirmiers libéraux.

Jos de Blok est le fondateur de Buurtzorg, une organisation ayant révolutionné l'organisation des soins infirmiers à domicile aux Pays-Bas. Buurtzrog signifie "soins de quartier" en néerlandais. Renversant le système bureaucratique des soins pour privilégier la proximité géographique et la relation au patient, Buurtzorg prend en charge plus de 70% des soins à domicile aux Pays-Bas aujourd'hui. C'est Guillaume Alsac qui a ensuite importé le modèle en France avec l'organisation "Soignons Humain", une association qui cherche à promouvoir de nouvelles méthodes d'organisation pour les soins et l'aide à domicile. Soignons Humain a donc initié l'expérimentation Équilibres en recrutant des porteurs de projet régionaux comme Dominique.

Sources : Soignons Humain, Jos de Blok

La loi de financement de la sécurité sociale pour 2018 a introduit, en son article 51, un dispositif permettant d’expérimenter de nouvelles organisations en santé reposant sur des modes de financement inédits. L'Article 51 est donc un dispositif visant à favoriser l'innovation numérique et organisationnelle en santé. Il s’adresse à tout porteur de projet, sans aucune restriction : associations d’usagers, établissements de santé, fédérations et syndicats, professionnels de santé, startups, professionnels de l’aide à domicile, organismes complémentaires et collectivités territoriales. Si les projets visent à améliorer les parcours de soins, l’efficience du système de santé, l’accès aux soins, ou encore la pertinence de la prescription des produits de santé, ces acteurs peuvent proposer des projets spontanément grâce à une lettre d'intention. Si vous souhaitez en savoir plus sur l'Article 51, Clémence Mainpin vous en parlera mieux que nous puisqu'elle était jusque très récemment encore en charge des expérimentations d’innovation en santé pour ce dispositif.

Sources : Ministère des Solidarités et de la Santé, Rapport au parlement sur les innovations en santé.

Aujourd'hui, 97% des infirmiers faisant partie de l'expérimentation Équilibres, pour équipes infirmières libres, responsables et solidaires, ne feraient marche arrière pour rien au monde. Et pour cause : ils sont libres. Les infirmiers se regroupent en équipes d'au moins 4 professionnels : d'un point de vue managérial, ces équipes s'organisent de façon autonome.
En activité conventionnelle, les actes infirmiers sont codifiés et rémunérés fixement, au détriment de certains gestes techniques qui ne sont pas pris en compte, comme le simple geste d'enlever un bas de contention. Si un acte n'est pas codifié, il n'est pas rémunéré. Au contraire, au sein de l'expérimentation Équilibres, le praticien est rémunéré au temps qu'il passe avec le patient et avec l'aidant. Il s'agit d'une rémunération au taux horaire qui reconnaît toutes les connaissances à niveau égal. La coordination nécessaire à certains soins est donc rémunérée.

Des patients autonomes et reconnaissants

Dans son épisode, Dominique raconte plusieurs histoires de patients l'ayant marqué : "J'en ai des centaines comme ça à raconter." En un an, Dominique et son équipe ont autonomisé plus de 60 patients. Par exemple, un patient qui avait besoin d'une visite quotidienne pour une injection. Dominique et ses collègues lui ont montré comment la réaliser lui-même, et comment réaliser son semainier en toute sécurité. Désormais, seule une visite hebdomadaire est nécessaire. 
Les infirmiers ont donc la possibilité de donner aux patients le pouvoir de faire eux-mêmes certains gestes, les rendant ainsi plus acteurs de leur maladie. Un gain de temps qui améliore l'estime de soi des patients, décharge les aidants et permet aux infirmiers de soigner plus et mieux. Des économies qui sont chiffrables, ce qui donne bon espoir à Dominique de pérenniser l'expérimentation et de l'inscrire dans le long terme.

Pour découvrir l'intégralité de l'épisode de Dominique, rendez-vous sur vos plateformes d'écoute préférées :