Claire FauchilleUn fab lab hospitalier pour faciliter le quotidien à l'hôpital

Claire Fauchille est designer et cofondatrice de l’agence Humaniteam, spécialisée dans l’innovation en santé. Après un master en design d’objet, elle s’oriente rapidement vers le design social, mêlant dès son mémoire des questions de soin, de handicap et de médiation animale. Son parcours la conduit à cofonder Humaniteam, avec une approche centrée sur les usages, les besoins des patients et des soignants, et l’impact social du design.
Dans cet épisode, Claire partage plusieurs projets emblématiques : la conception de matériel sur-mesure pour des sportifs en fauteuil, le développement d’un service de marrainage pour les femmes enceintes précaires (les MAMAVO), ou encore la création du Fab Lab hospitalier Héphaïstos au sein de l’AP-HP. Ce lieu collaboratif permet aux soignants de concevoir et prototyper des solutions concrètes, adaptées à leurs besoins quotidiens, de l’accroche à perfusion aux supports de lien social en psychiatrie.
Son travail illustre la puissance du design comme levier de transformation des organisations de santé, en partant du terrain, en testant rapidement, et en diffusant librement les solutions utiles. Pour Claire, chaque problème a plusieurs portes de sortie – d'où la devise qui l'accompagne dans son quotidien : "Si la porte est fermée, il faut passer par la fenêtre". 
Un épisode passionnant sur le design comme outil d’encapacitement et de changement dans le système de santé.

Photo de Paris

Transcription de l'épisode
Aude Nyadanu 00:01
Bienvenue chez les Transformateurs, un podcast créé et produit par Lowpital, catalyseur d'innovation en santé, afin de vous présenter des personnalités particulièrement inspirantes. Professionnels de santé, entrepreneurs ou encore écrivains, ils et elles agissent au quotidien pour bouleverser notre système de santé. Je suis Aude Nyadanu, la fondatrice de Lowpital et aujourd'hui je reçois Claire Fauchille. Designer spécialisé en santé, Claire dirige le premier Fab Lab Hospitalier, un atelier d'innovation et de fabrication numérique pour faciliter le quotidien à l'hôpital.

Claire Fauchille 00:49
Bonjour Aude, je m'appelle Claire Fauchile, je suis designer et co-fondatrice de l'Agence de Design Humaniteam. Donc on est un studio design qui est spécialisé dans l'accompagnement de projets d'innovation, d'organisations publiques et privées, des projets d'innovation dans la santé et l'accès aux soins, pour faciliter le parcours soignant, faciliter le parcours patient et faciliter l'accès aux soins sur le territoire.

Aude Nyadanu 01:13
Ok, est-ce que tu pourrais du coup un peu retracer pour nous ton parcours ? Par quoi tu as commencé tes études et comment tu en es arrivée à monter ce studio ?

Claire Fauchille 01:22
J'ai fait un master 2 en design d'objets à l'école supérieure d'art et design de Reims. Et en fait je suis arrivée en 4e année et je me posais un petit peu la question du sens, du design, de pourquoi réaliser des objets, etc. Et surtout quel impact social ça pouvait avoir. Du coup j'étais très partagée parce que d'un côté ça va rien avoir mais j'avais envie de monté un projet d'écurie qui est spécialisé en fait dans l'accueil de jeunes PJ donc protection judiciaire de la jeunesse ou aide sociale à l'enfance qui se réadapte par la médiation du cheval. Et continuer ce parcours de design qui m'était quand même cher pour plein de raisons différentes et donc du coup pour ça qu'en 5e année au moment du diplôme je me suis dit pourquoi ne pas mêler les deux approches en travers une démarche de design social.

Aude Nyadanu 02:17
C'est hyper spécifique d'accueillir des jeunes en PJ dans des écuries, pourquoi tu avais cette idée particulièrement ?

Claire Fauchille 02:24
Dans toute mon enfance, en tout cas, j'ai été un petit peu bercée dans ce milieu-là. Je monte beaucoup à cheval et j'ai toujours évolué dans une écurie qui accueillait ces jeunes. J'ai toujours un peu baigné dans cet univers-là et qui a toujours été extrêmement cher pour moi. Et je pense qu'il y a un réel aussi impact sur la relation à l'animal et toutes les questions que ça pose sur le positionnement d'une personne dans la société. Et ça, parfois, c'est pas toujours évident d'arriver à parler à une autre personne. Et donc de faire par la médiation de l'animal, ça fait qu'on peut passer beaucoup de messages sans parler directement et ça peut passer par des regards, par un contact physique. Et ça, le cheval est une grande éponge à émotion et il vous renvoie exactement ce que vous lui donnez. Donc, c'est-à-dire que si vous arrivez trop rapidement ou trop brusquement, le cheval va être brusquant aussi, si vous arrivez doucement, il va arriver doucement. Et du coup, ça oblige à adapter son comportement, peut-être parfois même sans parole, pour pouvoir rentrer et communiquer avec l'autre. Donc, vraiment, je trouve que le cheval est absolument passionnant dans ce sujet-là. Donc, voilà, tout un univers qui me passionnait et que j'ai pu réutiliser pour mon projet de design de diplôme de master, où j'ai rédigé un mémoire sur la relation à l'animal et comment est-ce qu'un objet pouvait être vecteur de communication entre l'homme et l'animal dans un but thérapeutique ou de réadaptation sociale. Et donc, du coup, quel était le statut d'une selle, l'usage d'une selle, l'usage d'une selle adaptée pour pouvoir monter sur le cheval, prendre corps avec le cheval, en fait. J'avais travaillé sur des brosses adaptées qui permettent de faciliter la mise en relation entre le cavalier et le cheval. Et donc, parfois, avec des enfants autistes, notamment, c'est compliqué d'avoir un lien direct avec la main, le contact direct avec la main sur le corps du cheval. Nous avons travaillé sur une brosse qui permet de diffuser la chaleur de l'animal au niveau de la paume de la main sans avoir à le toucher directement et que le contact soit trop intrusif. Ou d'utiliser une brosse qui s'utilise à deux, donc on est obligé de coordonner son mouvement avec un autre cavalier pour pouvoir brosser le cheval et puis pouvoir, après, plus facilement monter dessus. Il y avait un autre projet aussi sur une selle adaptée avec différentes épaisseurs de matière. Ce qui permet de pouvoir avoir le corps maintenu sur le cheval, donc pouvoir se sentir assuré. Ou quand on a des problèmes de tonus, par exemple, avoir le corps maintenu, et de pouvoir avoir quand même un contact direct avec le dos du cheval, qui permet d'avoir une incidence sur la marche après, en tout cas, tout ce qui est réeduction par la marche, avec un système de couleur qui permet de s'orienter dans son parcours de soin. Je pense que oui, le cheval, en tout cas, l'animal et les objets associés autour, en fait tout l'univers autour, est à construire aussi, en tout cas, adapté en termes de design aussi.

Claire Fauchille 05:37
C'est adapter les ealles, les brosses, l'aménagement de la sellerie de façon générale pour pouvoir accueillir, faciliter le parcours d'un patient dans le cadre d'une séance d'ergothérapie, par exemple d'équithérapie, pardon. Mais aussi de pouvoir s'adapter à des cavaliers qui arrivent dans une écurie, qui ne connaissent pas le cheval, qui peuvent avoir une certaine appréhension et qui pourra être guidée pour pouvoir utiliser en autonomie les outils.

Aude Nyadanu 06:04
D'accord, tu as l'air hyper passionné par le sujet et pourtant tu as décidé de passer à autre chose. Pourquoi ? Qu'est-ce qui t'a fait faire ce choix justement entre continuer dans ce milieu de l'équithérapie ou alors plutôt sur d'autres projets de design en santé ?

Claire Fauchille 06:24
Après, j'ai jamais fait d'équithérapie directement, par contre au moment du diplôme, ça a permis de rentrer dans l'univers de l'équithérapie pour rencontrer des ergothérapeutes, des psychomotriciens, des psychologues équithérapeutes, aller voir une multitude d'écuries en France, en Belgique aussi qui sont spécialisées sur cette activité-là, et en fait ça m'a permis de voir en tout cas expérimenter comment en tant que designer, j'y connais rien à l'équithérapie, je ne suis pas soignante, par contre quel regard, quelle posture de design on peut adopter dans un milieu qui n'est pas le sien du tout, et d'arriver avec des yeux un peu naïfs à poser des questions bêtes, et ça permet d'identifier des usages, des pratiques avec un certain recul, un peu de naïf sur le sujet, qui permettent ensuite de partir sur des propositions qui correspondent à des besoins réels sur le terrain et d'une multitude d'acteurs, parce que par exemple, le rien qu'au sein d'un centre équestre, quand on fait une séance d'équithérapie, qui est ce qui est concerné, il y a un moniteur d'équitation, il y a un soignant, un ergothérapeute, un psychomotricien, il y a du matériel qui est utilisé, il y a d'autres enfants autour, il y a quand c'est un établissement, un centre d'éducation par exemple qui emmène d'autres enfants, il y a les soignants, les accompagnants, les éducateurs, et donc il y a tout un écosystème qui est envisagé, et donc ça a permis de pouvoir expérimenter cette démarche-là et d'essayer de se positionner dans un milieu qui est assez éloigné du centre.

Aude Nyadanu 08:01
Oui, en fait, finalement, t'es partie de ta passion pour l'équitation et via ce projet-là, t'es aussi entrée dans le monde du soin et la posture que t'avais adoptée de découverte du besoin, de compréhension de cet écosystème là t'as donné d'elle encore plus loin, finalement, dans un environnement plus large dans la santé. C'est ça ?

Claire Fauchille 08:22
Exactement. Et donc quand j'ai passé mon diplôme, c'est sûr que j'avais une vraie volonté de de travailler dans du design social, ou en tout cas sur le soin, lié à la question de la situation de handicap. Et donc j'ai passé quand même quelques mois en me disant, bon, je me lance, je me lance pas, j'y vais, j'y vais pas, parce que c'est quand même c'est très spécifique quand même, comme pratique. Et donc je suis partie, je suis partie aux États-Unis pendant plusieurs mois dans un studio de design qui n'avait rien à voir, complètement déconnecté. Où là j'ai fait des mobiliers, art de la table, etc. Et je me suis profondément ennuyée enfin pas à New York, mais dans ce stage-là, je me suis dit non mais clairement c'est pas pour moi, enfin vraiment ce qui me porte, c'est l'ambition sociale que peut avoir le design, c'est de travailler en lien direct avec des gens qui peuvent en avoir besoin et là ça m'a portée. Et en fait je suis tombée pendant ces mois-là dans un hôpital qui était spécialisé dans le traitement du cancer à Manhattan, qui a eu une approche de design de service, ça s'appelle le Mémorial Sloan Kettering Cancer Hospital. En fait ils ont un pôle d'innovation qui fait beaucoup de design de service et j'ai rencontré la responsable de ce pôle-là. Et alors j'ai pas tout compris pendant le rendez-vous parce que j'avais pas un anglais très fluide à l'époque et vraiment mais le truc que j'ai retenu c'est non mais il faut foncer, il y a plein de trucs à faire, le milieu hospitalier est extrêmement riche de projets d'innovation en lien direct avec les gens. Et donc je suis rentrée en France et là c'est parti et là donc on a monté l'agence Humaniteam avec deux de mes associés, donc Clothidle Portelli qui est ergothérapeute et Anne-France L'Hénaff qui est analyste sociale et agrégée de philosophie.

Aude Nyadanu 10:10
Mais t'étais super jeune alors quand tu t'es lancée dedans, non ?

Claire Fauchille 10:13
J'ai été diplômé en 2012 et on a démarré Humaniteam en 2013, début 2014. C'était important pour moi de trouver des valeurs qui, enfin en tout cas, se construire un cadre de travail qui correspond exactement aux valeurs que j'ai envie d'amener dans la société d'un point de vue, on va dire, social, économique, des valeurs, bon après. C'est un projet en soi de construire un studio, mais disons que travailler sur des projets en même temps que construire le studio, c'est deux projets parallèles qui me transportent depuis 2014.

Aude Nyadanu 10:54
En tout cas, ça peut, je pense, impressionner beaucoup nos auditeurs auditrices de voir un parcours comme le tiens où tu t'es lancée très jeune. Bon je dis ça, moi aussi, je me suis lancée très jeune, mais je pense que moi, c'est parce que je ne supportais pas l'autorité, donc j'étais obligée. Parmi les projets qui t'as pu, du coup, lancer ou accompagner, est-ce que tu peux nous en raconter un peut-être au début de ton aventure avec Humaniteam ?

Claire Fauchille 11:23
Oui, le premier projet de l'agence au-delà des projets d'équithérapie que j'ai d'ailleurs développé avec Clotilde et Anne-France, qui était vraiment très fondateur, ce projet de master, qui était très fondateur dans la relation, ce que ça a permis de pouvoir questionner la relation du design avec une approche soignante, enfin, Clotilde faisait ses études d'ergothérapie. Et Anne-France m'a accompagnée sur la partie, enfin, on va dire, étude sociologique de la relation animale, ce qu'on met dans la question du statut de l'objet dans un contexte de soins, etc. Donc, il y avait déjà cette réflexion-là sur ce projet. Et le premier projet qu'on a eu en tant que pré-agence, si on peut dire, pré-studio, ça a été un projet de Boccia. La Boccia est un sport pratiqué par des personnes en fauteuil, et en fait, ça apparente un peu à la pétanque. Et donc, c'est des jeux de boules bleues et rouges que l'on vient lancer dans un terrain délimité. Et en fait, il y a une association sportive qui voulait développer un porte-balle de Boccia parce qu'en fait, aujourd'hui, il y a très peu de matériel qui existe. Et en fait, les balles tombent, et donc les joueurs sont disqualifiés si les balles tombent. C'est à dire que les joueurs ont parfois des gestes un peu brusques, une façon de se positionner sur le fauteuil, qui fait que les balles ne sont pas toujours stables quand elles sont mises devant. Et donc, on a travaillé avec cette association et le centre de rééducation motrice à Reims sur la conception d'un porte-balle qui s'adapte à tout type d'accoudoirs de fauteuil roulant. Et en fait, ça a posé une vraie question parce qu'il fallait travailler sur une forme d'objet standard à greffer sur des équipements, enfin en tout cas les fauteuils roulants et les accoudoirs qui ne sont pas standards. Et donc, du coup, ça posait quand même des questions d'usage de l'objet, de la forme que ça prend. L'objet, il doit être assez léger parce que les joueurs partent en compétition et après, on le range. On doit le ranger dans sa voiture ou dans un gymnase. Et donc, du coup, on a travaillé sur ces porte-balles avec les joueurs et les éducateurs sportifs et le centre de rééducation morice à Reims. Et on a abouti à un porte-balle qu'on fabrique à la découpe laser. Et l'objectif, c'est d'avoir un fichier, enfin, c'était d'avoir un fichier de fabrication de ce porte-balle-là, qu'on peut faire fabriquer dans un fab lab de territoire. Et du coup, notre démarche de design, c'était au-delà de fournir un objet, c'était fournir l'accès à cet objet qu'on peut fabriquer à moindre coût et à côté de chez soi et qu'on peut adapter spécifiquement à son propre cas de figure.

Aude Nyadanu 14:02
Ah ouais, génial ! Comme ça, chacun peut imprimer son propre objet, adapter à son propre fauteuil et aller l'imprimer lui-même dans son fab lab.

Claire Fauchille 14:09
Oui exactement de pouvoir le personnaliser sur mesure par rapport à la dimension de son fauteuil et puis par rapport à ses propres goûts en fait et donc ça permettait aussi bah nous en tant qu'agence de dire bah on va pas être appelé toutes les cinq minutes pour faire des porte-balles c'est pas notre travail par contre c'est donner accès à un fichier de fabrication et mettre en relation les associations sportives avec un Fab lab de proximité pour que ensuite la relation voilà se fasse le service se fasse et qu'ils puissent voilà utiliser l'objet le fabriquer le personnaliser quand ils en ont besoin sur mesure et en fonction des personnes qui sont concernées donc ça a été une première un premier questionnement sur la question du standard du non-standard de des objets qui existent sur le marché des objets qui sont trop spécifiques qui ne peuvent pas exister sur le marché et du coup quelle solution alternative on peut trouver avec les moyens à côté de chez soi pour pouvoir créer produire des objets qui soit voilà qui répondent vraiment aux besoins des utilisateurs

Aude Nyadanu 15:10
Et alors une question qu'on pourrait se poser sur un projet comme celui-là, qui est-ce qui vous paye ?

Claire Fauchille 15:14
Alors on a été financé par la CPAM de la Marne pour démarrer le projet. D'accord donc c'est plutôt un financement public. C'était une subvention pour ce premier projet oui.

Aude Nyadanu 15:26
Ok. Et alors du coup, vous avez gardé cet esprit-là après dans les autres projets, parce que là finalement, il y a dans la réflexion une question un peu d'autonomisation de l'utilisateur. Est-ce que c'est quelque chose qui reste constant dans la manière de travailler d'Humaniteam ?

Claire Fauchille 15:43
Complètement, en tout cas, on positionne l'utilisateur, vraiment au centre de la démarche, on va dire, de design. Mais il y a l'utilisateur qui est concerné par l'usage d'un outil, il y a aussi toute, on dirait, la cartographie des personnes qui sont aussi concernées par le sujet. Par exemple, sur le porte-val de Boccia il y a le joueur, mais il y a aussi l'ergothérapeute qui accompagne le joueur pendant une séance de sport. Il y a l'entraîneur sportif, il y a l'entourage ou est-ce qu'on stocke l'objet, etc. Donc du coup, il y a tout un ensemble de personnes qui sont à le solliciter et qui sont chacun des maillons de la chaîne à questionner. Il y a l'association aussi, il y a le fablab, etc. Et en fait, il y a tout un ensemble de personnes et des interactions entre ces personnes-là qui sont à questionner, à étudier pour voir comment est-ce que cet objet-là pourra exister dans la vraie vie. Et donc partir d'une idée, une intuition de départ ou un problème donné, et d'arriver à prototype des choses qui ne sont pas parfaites, mais qui ont développé aussi au fur et à mesure avec les équipes et qui permettent d'exister dans la vraie vie.

Aude Nyadanu 16:48
Et alors, est-ce que vous vous produisez toujours des objets ? Est-ce que tout se concentre sur des produits physiques ou vous avez aussi d'autres types de projets ?

Claire Fauchille 16:55
Alors on a d'autres types de projets. En fait l'approche qu'on a c'est que dans cette démarche de design c'est de partir d'un besoin ou d'une situation très concrète pour ensuite aboutir à des formats de solution qui répondent aux besoins. Donc ça peut être la conception d'un objet comme on disait, ça peut être la conception d'un service, ça peut être la conception d'une solution organisationnelle, d'un support de communication ou mise en place d'un système. Mais qui répondent aux besoins, c'est à dire qu'on n'a pas d'idées ou une interface numérique, mais on n'a pas d'idées préconçues du format de la solution parce qu'il y a vraiment la partie d'études, des usages, des habitudes, des pratiques en fait dans le groupe d'utilisateurs qui va nous guider dans la forme de la solution. Par exemple on a travaillé avec le Conseil départemental du Val d'Oise sur un projet autour de la mortalité périnatale sur le territoire et quelle solution on peut trouver pour maintenir les femmes en situation de précarité dans un parcours de grossesse ou les faire entrer dans un parcours de grossesse en fait pour justement limiter les risques de prématurité et les risques de mortalité périnatale. Pendant plusieurs mois, on a rencontré des associations sur le territoire dans le Val-d'Oise, qui accompagnent les femmes en situation de précarité. On a travaillé aux urgences de différents hôpitaux, qui sont souvent les points d'entrée dans le parcours de soins des femmes, des PMI sur le territoire. On va essayer de comprendre pourquoi il y avait des blocages par rapport à l'entrée au maintien dans ce parcours de soins. Avec plusieurs ateliers auprès des femmes, des femmes du territoire, d'associations et de la mission innovation du Conseil départemental du Val-d'Oise, on a abouti à la conception d'un service qui s'appelle les MAMAVO. En fait, c'est un service de marrainage entre les femmes, qui a vocation à accompagner des femmes qui ont des difficultés dans le parcours de grossesse, avec d'autres femmes qui sont déjà passées par ce parcours de grossesse, qui connaissent bien le territoire et qui ont des outils, et qui permettent d'accompagner la femme, l'informer sur des informations qui sont non médicales, mais qui participent à son parcours de grossesse, pour pouvoir protéger cette femme-là, l'informer et l'orienter vers les acteurs de territoire. En fait, il y a une super MAMAVO. La super MAMAVO, c'est une personne engagée par le Conseil départemental du Val-d'Oise, et qui a une liste des marrraines sur le territoire, qui sont répertorées comme marraines. Donc là, sage-femme, quand elle identifie une femme qui a besoin d'être marrainée, on peut avoir besoin d'être marrainée. Par exemple, vous ne parlez pas bien français, vous arrivez sur le territoire, et par exemple, il y a une certaine appréhension de se dire que je n'ai pas de sous, je n'ai pas de garde d'identité, si je n'ai pas de sous, je ne vais pas pouvoir aller me faire soigner.

Claire Fauchille 20:02
Je vais faire un rendez-vous chez la sage-femme. Je ne comprends pas la sécurité sociale, comment ça fonctionne, la CPAM à qui je dois renvoyer quoi, complètement perdu. C'est compliqué quand même. C'est hyper compliqué, et donc la sage-femme, elle identifie qu'il y a un besoin, donc elle appelle la super mamavo, et la super mamavo, elle met en relation cette femme-là avec une bénévole du territoire. Qui s'appelle une mamavo ? Qui est une mamavo, exactement. Et donc, la mamavo accompagne cette femme qui en a besoin. En disant, je vais t'aider à remplir ton formulaire pour la CPAM. C'est-à-dire qu'elle accompagne pas la femme sur des questions médicales, ça, c'est vraiment le travail de la sage-femme. Mais la mamavo, elle peut quand même soulager la sage-femme, de dire, je vais l'aider à remplir, à l'expliquer le fonctionnement de la CPAM, de la sécurité sociale. Pour pouvoir l'auguiller, ou par exemple, il y a une femme qui est un peu déconnectée de ses racines, et qui a besoin d'accepter sa grossesse plus facilement. Et par exemple, elle cherche une certaine tenue, ou de pouvoir être mise en relation avec d'autres femmes, pour se sentir rentrée dans une communauté. Et donc, du coup, ça permet de pouvoir montrer son quartier. Ah bien, viens voir ici, on peut aller acheter ça. Je vais te mettre en relation, avec d'autres amis, pour la faire rentrer dans un parcours qui te donne confiance et qui permette de rentrer dans un parcours de soi. Oui, elle sera mieux entourée et tout ça. Oui, c'est ça. Et donc, on a travaillé sur ce service des mamavo, en fait, à propos de différents outils, qui peuvent aller de vidéos, tutoriels, pour pouvoir expliquer la grossesse, le différent parcours, un parcours administratif, par exemple. De pouvoir éviter de faire la queue trop longtemps à la préfecture, et de rester trop longtemps debout, ou d'essayer de la mettre en contact avec d'autres associations, enfin, qui sont vraiment des relais sur le territoire. Et donc là, c'est typiquement la création d'un service où il n'y a pas d'objet. Mais c'est un travail de mise en relation qui s'appuie sur les outils déjà existants. Par exemple, la plupart des femmes, enfin, 98% des femmes qu'on a rencontrées, ont tout un smartphone. Et donc, ça, c'est vraiment un outil clé pour pouvoir les contacter, rester en contact. La sage-femme, elle a un téléphone, enfin, la superma-ma-vaux, elle a un tableau Excel avec le contact des bénévoles. Enfin, donc du coup, c'est vraiment un service qui s'appuie sur les outils déjà existants, en fait.

Aude Nyadanu 22:32
Les outils sont très simples, mais vous avez pensé à une organisation nouvelle. Donc il n'y a pas toujours besoin d'un objet, il n'y a pas toujours besoin d'une application non plus. Des fois, on entend innovation égal numérique. On imagine que tout se fait sur une application smartphone, un logiciel, etc. Qu'est-ce que tu en penses ?

Claire Fauchille 22:54
Je pense que le numérique a une approche, enfin, le numérique est extrêmement important, enfin on vit dans un monde connecté, mais ce sont des outils qui permettent de faire quelque chose mais en aucun cas c'est une fin en soi. Par contre ce sont des outils extrêmement importants partagés par beaucoup de personnes, de plein de manières différentes et sur lesquelles on peut s'appuyer sans avoir un truc mais à réinventer la poudre.

Aude Nyadanu 23:21
Alors là, les exemples que tu donnes, ils se basent beaucoup sur les collectivités territoriales, mais il me semble que tu travailles aussi avec des establishments de santé. Qu'est-ce que tu peux nous en parler ?

Claire Fauchille 23:31
Oui, nous travaillons beaucoup sur des projets d'innovation en milieu hospitalier et notamment sur un projet qui nous tient énormément à cœur qui est la création de Fab Lab hospitalier avec notamment l'exemple du Fab Lab Héphaïstos pour le groupe hospitalier Paris-Saclay àl'AH-HP.

Aude Nyadanu 23:51
Il faut que je me commence par expliquer ce que c'est qu'un fab lab, je pense.

Claire Fauchille 23:55
Alors les Fab Lab sont des ateliers de fabrication numérique qui mettent à disposition des imprimants 3D, des coupes de laser, brodeuses numériques, qui mettent à disposition des outils qui permettent de prototyper toutes formes de solutions. Et en fait les Fab Lab sont des ateliers, enfin c'est un concept qui a été inventé, je crois que ça doit être dans les années 80 par, je vais écorcher son nom, Neil Gershenfeld du MIT en fait qui a inventé ce concept-là et donc tout le travail qu'on mène, c'est de voir comment est-ce que ces ateliers de fabrication numérique ouvert qui mettent à disposition de tous des outils de fabrication numérique, comment est-ce qu'on peut l'adapter au milieu hospitalier en fait pour pouvoir faciliter le quotidien dans les services, faciliter le parcours patient, le quotidien du soignant, dans les services de soins en fait.

Aude Nyadanu 24:45
Est-ce que juste à la base, du coup, c'est un lieu qui est dans la ville où n'importe qui peut aller. Il va arriver en disant, moi j'ai envie de créer tel objet et donc je vais faire un modèle 3D, je vais appuyer sur un bouton et puis il y a une imprimante 3D qui va mettre de la matière au bon endroit pour créer mon objet et dans ces endroits là, souvent il y a aussi un peu des bénévoles ou des personnes qui vont aider les gens à prendre en main les outils parce que les logiciels ne sont pas faciles à prendre en main ou parce que l'imprimante 3D, personnellement je ne sais pas en servir, tu vois c'est des choses qu'on apprend et donc c'est des endroits comme ça très collaboratifs, très ouverts c'est ça à la base un Fab Lab.

Claire Fauchille 25:20
Et c'est vrai que la question du partage des connaissances est aussi importante que la mise à disposition des outils de prototypage parce que à partir du moment où on prototype soi-même, il y a vraiment toute une démarche de do it yourself, donc apprends par soi-même et ensuite transmets tes connaissances à d'autres qui pourraient en avoir besoin. Il y a beaucoup d'échanges de compétences informelles et donc le Fab Lab y repose vraiment sur cet échange de connaissance, la mise à disposition de connaissances, la mutualisation des projets de chacun et la mise à disposition d'outils de fabrication numérique pour pouvoir développer des projets. Et donc là ce Fab Lab hospitalier Héphaïstos, il est ouvert aux soignants, aux professionnels de l'hôpital, qu'ils soient soignants ou professionnels techniques de l'hôpital, pour trouver, prototyper des solutions, partager des projets, diffuser des innovations ou des projets qui facilitent le quotidien et qui ont un impact positif sur le parcours du patient au quotidien.

Aude Nyadanu 26:25
Alors, par exemple, si moi, je ne sais pas, je suis infirmière et j'ai envie de venir créer quelque chose dans votre fab lab, comment ça fonctionne ?

Claire Fauchille 26:32
Alors ce qui compose le Fab Lab Héphaïstos aujourd'hui, en fait c'est différentes ressources donc c'est un local qui est ouvert à tous tous les jours du lundi au vendredi au niveau de l'hôpital Bicêtrte. C'est une méthodologie de projet, en fait quand il y a un projet qui est demandé au Fab Lab, on passe toujours par les mêmes étapes, c'est à dire l'immersion sur le terrain pour bien comprendre les usages, les besoins, les pratiques, identifier des vrais problématiques pour être sûrs qu'on s'attaque au vrai problème avec la co-création avec les équipes, des tests utilisateurs, par exemple quand on crée un objet c'est pas toujours abouti du premier coup, on le prototype avec par exemple l'impression 3D ou la découpe laser, on le teste dans le service avec les équipes jusqu'à aboutissement de la proposition et ensuite on le prototype avec des outils de fabrication numérique et on le diffuse à petite échelle localement. En fait le Fab Lab Héphaïstos s'il a vraiment vocation à accompagner la création de solutions un peu expérimentales qui répondent à un besoin local et où il n'y a pas de réponse en fait sur le marché, par exemple des petits objets qui sont trop sur mesure, trop spécifiques. Il y a des outils de fabrication numérique qui sont mis à disposition, donc à les imprimants de 3D pour imprimer des objets en trois dimensions, peut faire la découpe laser pour pouvoir découper des plaques de matériaux, fabriquer des meubles, faire de la gravure, une brodeuse numérique, là vous pouvez récupérer une image et en fait la broder sur tout type de support, ça peut être sur du tissu, sur du carton, du papier, enfin des tuniques et une presse injection par exemple et ça la presse injection c'est vraiment top. On récupère de la matière plastique, on vient broyer et ensuite on vient refondre cette matière plastique pour refaire des pièces, ce qui permet de pouvoir fabriquer des pièces avec des matériaux locaux, donc plein de machines comme ça. Avec un mode opératoire où par exemple quand on a un projet on vient au fablab si on a l'occasion de venir à Bicêtre ou le fablab anime ce qu'on appelle des ateliers pop-up qui sont des voilà des ateliers qui se déploient temporairement dans un service de soins pendant ça peut être une heure, deux heures, une journée ou même une semaine où on intervient avec les équipes directement dans leur service dans les différents hôpitaux qui peuvent être situés dans un des sept hôpitaux du GH et on accompagne les équipes à prototyper où on peut amener un, ça peut être un plotteur de découpe vinyle ou une imprimante 3D, pour pouvoir maquetter et prototyper directement dans leur service et mettre à disposition les machines. Ce qui compose aussi le fablab et c'est très important c'est vraiment le coeur du fablab c'est le wiki qui est un catalogue, c'est un catalogue de projets dont les fichiers sont mis à disposition et qui permettent de pouvoir documenter les projets qui ont marché ou qui ont pas marché et où on peut télécharger les fichiers de fabrication,

Claire Fauchille 29:34
avoir accès aux protocoles aussi de fabrication des pièces et de pouvoir voir par exemple quand il y a un projet en rééducation qui est fait à l'hôpital maritime de Berck, par exemple c'est une pièce pour un point de peur laser pour des patients qui a été conçue à Berck, le projet est documenté sur le wiki et donc pour un autre service de rééducation à Bicêtre par exemple pour Ambroise Paré, ils ont accès aux fichiers qu'a conçu l'équipe de Berck avec un protocole de fabrication, donc quand on a une machine à disposition on peut fabriquer cette pièce-là localement en capitalisant sur les projets en fait et les aboutissements ou au contraire les erreurs des uns et des autres en fait.

Aude Nyadanu 30:20
Mais donc c'est très collaboratif aussi et sur le long terme vous avez vraiment après un espèce de catalogue et on peut piocher dedans et refaire soi-même en fait un peu comme ton tout premier projet où tu réadaptes pour toi, tu réimprimes localement.

Claire Fauchille 30:38
C'est vrai que par exemple dans les services, il y a des grosses problématiques, je pense que pas mal d'hôpitaux rencontrent, c'est l'adaptation entre les différents modèles de fauteuil roulant par exemple, de pied à perf, de potence de lit, et donc il y a toujours, comme ce sont des marchés différents, les diamètres sont un peu différents par contre, les problèmes sont un peu toujours les mêmes, par exemple, un pied à perfusion, il y a 4 diamètres de pied à perfusion différents, on a toujours un pied à perfusion dans son service qui rentre pas dans le trou du lit qui est associé à son service, et donc du coup pour éviter de mettre du carton ou d'autres choses pour essayer de caler, ça permet de pouvoir avoir un objet, par exemple générique en impression 3D, qu'on adapte spécifiquement au modèle qu'on a dans son service. Et donc à chaque fois on va pas réinventer un objet, enfin s'il y a un service qui a déjà été confronté au problème, on va rechercher dans la base de données, il y a un petit serpent en fait qu'on a conçu, et donc on a juste à modifier et paramétrer la taille et on va l'imprimer localement avec un matériau qui a été validé par les équipes opérationnelles d'hygiène, qui a déjà été validé ou tout le process a été validé, ce qui fait qu'on n'a pas à réinventer tout à chaque fois, donc on capitalise vraiment sur les projets des uns et des autres.

Aude Nyadanu 31:52
Ok, est-ce que tu peux nous donner un exemple d'un projet qui a été mené avec le Fab Lab, qui a été peut-être amené par un professionnel de santé ?

Claire Fauchille 31:59
En fait, le Fab Lab Héphaïstos n'est pas né, on va dire, du jour au lendemain. Ce nouveau service hospitalier s'est vraiment construit progressivement et notamment sur un projet fondateur. Donc il y a été à l'initiative de Guillaume Mécarlant, directeur des achats logistiques et qualité hotelière, donc du GH Paris Saclay, avait identifié des problématiques d'usage des équipements pour les brancardiers pour faciliter le transfert du patient pendant le brancardage. Et donc il a mis en place un projet pilote avec les équipes de brancardiers à Bicêtre et le service de cardiologie pour qu'avec notre équipe, on puisse travailler sur l'identification de ces problèmes d'usage, par exemple, un brancardier qui arrive dans le service qui trouve pas de pied à perfusion, qui passe une demi-heure à en chercher dans le service ou il a trouvé un pied à perfusion, le pied à perfusion rentre pas dans le trou du lit. Donc du coup, ça veut dire qu'il faut une autre personne pour porter le pied à perfusion pour ne pas éclamper le patient avec la porche à perfusion ou par exemple l'infirmière qui est sollicitée par un autre patient pour aller ramener une urinale qui n'est pas à côté du lit, du coup, elle prend du retard sur la préparation du patient. Ensuite, le patient qui est transféré, par exemple, avec les fils du pouce seringue qui traînent par terre, du coup, on roule dessus, du coup, on habile le matériel et il n'est pas forcément rechargé quand il est remis en réserve. En fait, plein de petits problèmes comme ça qui gênaient le transfert du patient à la fois pour le brancardier mais aussi pour les équipes soignantes au moins du transfert. Et donc, on a travaillé en co-conception avec les équipes de brancardiers et les infirmières de la cardio pour travailler sur des petites solutions, des petits objets greffes qu'on appelle les accrocheurs, qui sont des petits objets en impression 3D, qui ont une forme de petits animaux, donc il y a le taureau, la pieuvre, le serpent, le crabe et qui permettent de créer des micro compatibilités, en fait, entre les équipements, les pieds à perf, les fauteuils, etc. Pour pouvoir faciliter leur usage au quotidien et fluidifier, on va dire, le parcours du soignant et celui du patient. Donc, on a fait trois ateliers de co-conception avec les brancardiers où au départ, on dit, voilà, les problématiques d'usage qu'on a identifiées. Est-ce que ce sont des vrais problèmes ? Est-ce que vous les rencontrez souvent pour s'assurer que ce sont bien des problèmes récurrents sur lequel il y a un intérêt d'intervenir ? Et on a commencé à maquetter avec les brancardiers, en fait, avec de la pâte à mot de lait sur les pieds à perf, voilà, les fauteuils, pour essayer de valider rapidement en usage avec des maquettes qu'on va appeler quick underty. Pour se lâcher aussi sur la forme, c'est-à-dire qu'on s'en fout si l'objet n'est pas superbe dès le départ. En tout cas, de pouvoir avoir un retour rapide des brancardiers, voilà, le taureau qu'on va mettre sur les potences de lits pour faciliter l'accroche des pieds à perf quand il n'y en a pas dans le service.

Claire Fauchille 34:57
Est-ce que cette forme-là, ça va ? Oui, mais du coup, il y a la poche, je la mets là. Ah, voilà, mais attends, parce que moi, quand je transfère mon patient, je prends des tournants, du coup, la poche. Donc, vraiment, c'est sûr, un peu de la dentelle sur la forme de l'objet et l'usage, la façon dont il est utilisé. Est-ce que le brancardier, il le met dans sa poche ? Est-ce qu'il part avec lui ? Est-ce qu'au contraire, il est dans le service ? Est-ce que c'est le cap de santé qui l'a ? Enfin, c'est de questionner toute la chaîne d'utilisation. Et donc, on a abouti à ces petits objets en impression 3D, qui sont des animaux, voilà, dont la forme est, on va dire, générique, et qu'on peut adapter en termes de dimension à chaque modèle d'équipement. Et donc, il y a un des trois ateliers. On a posé une première imprimante 3D chez les brancardiers pour pouvoir montrer comment est-ce qu'on fabrique les objets, pour pouvoir les prototyper. Et pendant la course du brancardier, on imprime un objet, pendant qu'ils font leur course, ils reviennent, on prend la pièce, on va la retester pour être vraiment dans le... Enfin, laisser erreur rapide et validée, ou invalider rapidement des propositions. Et on a commencé à constituer, avec ces équipes, justement, un premier wiki, première base de données avec ces cinq objets-là. Et donc, Guillaume Ekerlein se disait, « Pendant ce projet des accrochards, il y a eu une bonne dizaine de projets, les gens qui sont passés voir l'imprimante 3D chez les brancardiers, donc il y a eu des équipes soignants qui sont descendues chez les brancardiers, d'autres qui sont remontés, ça fait tout un... » Enfin voilà, tout un défilant, et en fait, ça, ouais, bouche à oreille, et en fait, ça, le fait de représenter la machine. Il y a eu beaucoup de soignants qui se sont dit, ah, mais je vois ce qu'on peut faire avec. Ah bah, attendez, venez voir dans mon service, moi j'ai un autre truc. Et en fait, ça a amené une dizaine, enfin quinzaine de projets. Et donc Guillaume se disait, bah, c'est quand même dommage d'avoir autant de problématiques de terrain auquel des outils pourraient répondre. Et comment est-ce qu'on peut créer un service qui permette de faciliter la remontée de ces besoins très concrets sur le terrain ? Et comment est-ce que les outils de fabrication numérique, comment est-ce qu'on donne accès au service à ces outils-là ? Et comment est-ce qu'on diffuse ces objets avec, en les intégrant, en fait, dans les protocoles existants de l'hôpital ? Parce que, par exemple, c'est quand même pas anodin d'envoyer un objet imprimé en 3D dans un service. Ça pose des questions de responsabilité, de matière qui est choisie, de protocoles d'utilisation, de protocoles de nettoyage, de choix de matière pour les intégrer, en fait, dans le quotidien de l'hôpital. Et donc, du coup, c'est pour ça que ce service, voilà, a été en construction. Et aujourd'hui, le Fab Lab compte plus de 155 projets portés par les soignants et les professionnels de l'hôpital. Et plus de 7000 pièces diffusées au niveau du groupe hospitalier avec des niveaux de projets qui sont très différents.

Claire Fauchille 37:47
Par exemple, on peut travailler aussi bien sur un crochet qui permet de faciliter l'accroche des poubelles à seringue sur les chariots pour éviter de se piquer, parce que les crochets existants ne correspondent pas au type de poubelles. Donc, du coup, plutôt que de fixer avec du scotch, on peut travailler sur un petit objet vraiment sur mesure jusqu'à des projets beaucoup plus complexes, comme, par exemple, le service de psychiatrie à Bicêtre, qui voulait travailler sur un projet d'innovation sur le lien social, questionner le lien social dans un service de psychiatrie et avec qui on a travaillé sur la mise en scène, par exemple, de la télévision dans le service pour que la télévision devienne un support au parcours de soins du soignant et qu'elle soit plus ouverte en fait toute la journée en continu, qu'elle puisse vraiment avoir une place dans le parcours de soins du patient. Donc, par exemple, pour justement comment arriver à créer des petits outils facilitateurs qui permettent de faciliter la création de contact entre les soignants et les patients, par exemple, avec un tableau de programmation des films dans le service ou pour aller voter pour le choix de la projection du film, il faut les demander en feutre au poste de soins, par exemple. Et du coup, c'est un prétexte pour engager une discussion ou justement choisir un film avec des petites cartes qui permettent de faire un outil brainstorming pour choisir un film dans un objectif, voilà, thérapéutique, entre les équipes soignantes, par exemple, ou entre le soignant et le patient. Sur une mise en scène, enfin, ce projet s'appelle le petit théâtre, mais sur une mise en scène de la télévision, pour pouvoir l'ouvrir comme si c'était un spectacle, en fait, dans un tenté donné et que la fermeture du spectacle ne soit pas vécue comme une punition, en fait, pour que ça puisse amener vers une autre activité.

Aude Nyadanu 39:38
C'est hyper varié et j'avais beaucoup beaucoup entendu parler d'Héphaïstos pendant la crise Covid parce qu'à l'époque je travaillais à l'AP-HP et qu'on mobilisait des bénévoles et je me souviens que vous cherchiez à avoir des bénévoles pour vous aider à produire des masques.

Claire Fauchille 39:53
Merci pour le slack qui nous beaucoup aidé.

Aude Nyadanu 39:56
De rien, le fameux slack où il y avait 20 000 personnes qui voulaient aider l'APHP, c'était impressionnant. Et du coup, est-ce que tu peux nous parler justement de l'utilité de ce fab-lab pendant la crise Covid ? Pendant la crise, comme c'était fini, elle n'est pas finie, mais en tout cas, chez la première vague en particulier, ça avait un peu explosé. Est-ce que tu peux nous raconter ?

Claire Fauchille 40:17
Alors le Fablab Héphaïstos, ça a vraiment eu une action de coordination plutôt que lieu de production. À l'époque, il y avait trois imprimantes 3D, donc clairement, on n'avait pas couvrir les besoins en visière, enfin voilà, au niveau du groupe hospitalier. Par contre, ce qui a été assez intéressant, c'est que en fait, par la médiation du Fablab, on a travaillé avec des étudiants de l'École des mines, des makers indépendants sur le territoire, et on a, avec ce groupe des personnes-là, créé un réseau de production locale sur le territoire pour augmenter les capacités de production du Fablab. Et donc toutes les pièces ont été imprimées la nuit, les gens ont envoyé des cartons, numérotés, étiquetés, etc., qui étaient envoyés au Fablab. Après, on avait une équipe avec des bénévoles qui nous aidaient à assembler les visières. Et ensuite, qui ont été validées par les équipes opérationnelles d'hygiène, et ensuite diffusées aux différents magasins hotelier du GH. Donc, ça a été vraiment un rôle de coordination. Il y a eu aussi tout un travail au niveau de la production des sur-blouses. Alors pareil, on n'était pas un atelier de couture et une machine à coudre, mais pareil, on n'avait pas réglé les problèmes de sur-blouses. Mais par contre, on a mis en place un partenariat avec l'atelier de l'Azhar Koukowik, qui est un atelier qui a visuellement travaillé pour les maisons de haute couture, qui en fait avait arrêté sa production pendant le Covid. Et ils se sont vraiment... Voilà, ils ont... On a travaillé ensemble sur un patron de fabrication d'une sur-blues, pareil, validée par les équipes opérationnelles d'hygiène. On a fait un premier prototype avec tout un travail sur les matériaux alternatifs qu'on pouvait trouver à l'hôpital, parce qu'il y avait des pénuries aussi sur les matières pour pouvoir fabriquer sur-blouses. Donc on a travaillé sur un prototype qu'on a testé auprès des équipes en réanimation et avec les EOH. Pour valider la longueur des manches, l'ouverture du col, qui a été produite, il y a eu plus de 30 000 sur-blouse qui ont été produites par l'atelier de l'Azhar Koukowik. Et donc l'approche du fab lab, ça a été de pouvoir coordonner et faire le lien entre les capacités de production de l'atelier de l'Azhar Koukowik et de pouvoir l'intégrer dans les usages protocoles existants de l'hôpital pour qu'on puisse avoir temporairement des solutions alternatives qui soient envoyées dans les services. Sachant que ça a été vraiment une intervention ponctuelle dans le temps et qu'on les aurait approvisionnement repris, évidemment, ce projet-là, à cesser. Mais par contre, ce qui était assez intéressant, c'est la production de ce patron de fabrication-là, où en fait, on s'est aperçu que ce patron-là, il s'est retrouvé... Il y a eu pas mal de fab labl sur le territoire qui sont mobilisés pour d'autres hôpitaux à qui on a pu transmettre ce patron-là, qui a été validé par les EOH à Bicêtre. Donc de pouvoir guider des fab lab qui ne sont pas en contact avec l'hôpital mais qui voulaient aider et à qui on a pu fournir ce patron-là.

Claire Fauchille 43:18
Et ce qui était aussi intéressant, c'est que ce patron, on l'a retrouvé à l'hôpital maritime, à Berck. Et en fait, en rencontrant les équipes, ils nous ont dit, « Ah, mais nous, pendant le Covid, on a utilisé ce patron de fabrication, qu'on leur avait d'ailleurs nous-mêmes pas envoyé puisqu'on ne l'avait pas demandé, mais qui se sont retrouvés à l'hôpital Maritime de Berk. Et en fait, ils vont travailler avec un cervoliste, donc c'est un spécialiste des cerf-volants.

Aude Nyadanu 43:42
Oui, c'est vrai que les cerfs-volants à Berk-sur-Mer, c'est tout un sujet, il y a un festival international des cerfs-volants. En fait, c'est marrant parce que moi je viens de Berck-sur-Mer.

Claire Fauchille 43:55
Ah ouais, super, et donc ils ont optimisé le patron de fabrication. Ils ont dit que vous avez fait une coupe ça nous prend trop de temps. Donc là ils ont tout revu pour avoir un minimum de coupe et optimiser les coutures. Et donc ce qui était vachement intéressant c'est de voir comment est ce prototype de patron de fabrication avec l'intervention de l'équipe de Berck. Ils ont pu l'optimiser pour réduire les temps de fabrication en fait. Et je pense que le Fab Lab c'est exactement représentatif de ce Fab Lab c'est-à-dire à toutes les solutions qui sortent elles sont pas parfaites par contre elles demandent qu'une chose c'est à être développé amélioré par d'autres et sans partir de zéro c'est-à-dire qu'on capitalise sur ce qui a été fait et on améliore de façon continue. Ça peut être un objet, ça peut être un outil de fabrication, etc. Vraiment ils pourraient faire des retours dessus et pouvoir documenter les projets et faciliter leurs diffusions.

Aude Nyadanu 44:48
Mais du coup, tous ces modèles que vous produisez, après ils sont publiés, que tout le monde peut les trouver, les imprimer, ou ça reste à l'intérieur du compost hospitalier. Si il y a un hôpital, j'en sais rien, à Rouen, qui se dit « ah bah oui, c'est super que nous aussi, on a accès à ce wiki, est-ce qu'il y a accès ? »

Claire Fauchille 45:03
Alors le Fab lab aujourd'hui est un service qui est en construction, donc il apprend aussi en même temps qu'il y a des quatre figures qui se rencontrent. Alors aujourd'hui il y a clairement le statut des pièces et questionnées, en tout cas développées. Donc il y a des pièces qui sont en open source, qui vont être libres, voilà, d'usages et qui vont être diffusées librement, et notamment sous licences créatives commons. Le FABLAB Héphaïstos se travaillent aussi en lien avec des fabricants, donc soit le Fab Lab développe un projet expérimental à l'échelle locale et multiplié par le nombre de services, on s'aperçoit clairement que les volumes sont énormes et dépassent les capacités de production de nos FABLAB. Ensuite on travaille sur un transfert du projet vers un industriel où là, il devient plus libre en fait, il est plus libre. Il y a aussi le cas de figure où le fabricant met à disposition des pièces de remplacement ou de réparation par exemple d'équipements sur des fauteuils ou des brancards. Donc là clairement le fabricant met à disposition une pièce, un fichier sur le wiki, où là la diffusion non elle n'est pas libre, elle est encadrée. Il y a une personne qui est habilitée à produire cet objet-là selon un protocole qualité bien identifié donc clairement elle n'est pas diffusée en open source. Donc il y a des statuts en fait de pièces qui sont très différents et qu'on construit aussi avec la DRCI en termes de propriété intellectuelle, donc direction de la recherche clinique d'innovation qui accompagne le FABLAB justement dans ces modes de diffusion en fait de ces objets-là. L'ambition première du FABLAB Héphaïstos ce n'est pas de développer des objets qui ont une visée industrielle ou commerciale, c'est beaucoup de projets qui ont vocation à être diffusés de façon libre entre les services du GH et ce qu'on est en train de construire c'est aussi à l'extérieur du groupe hospitalier et peut-être aussi à l'extérieur de l'AP-HP parce qu'il y a pas mal d'autres demandes, mais de construire aussi le potentiel de diffusion d'un objet qui peut avoir des ambitions industrielles et commerciales derrière parce que la question du modèle économique du FABLAB se pose pour pouvoir être au point d'équilibre donc c'est en construction.

Aude Nyadanu 47:23
Ok. Bah écoute, merci beaucoup pour toutes ces explications hyper concrètes sur comment ça fonctionne le Fab Lab. J'irai qu'on revienne un petit peu plus sur toi, finalement, comment tu t'es construite tout au long de ces expériences-là, et qu'est-ce qui te guide, en fait, quel est ton fil conducteur, qu'est-ce qui te motive à faire tout ça ?

Claire Fauchille 47:44
Ce qui me motive, c'est que vraiment le milieu hospitalier et le milieu de la santé me passionnent littéralement parce qu'on ne travaille pas de la même manière avec un service de réanimation, un service de gériatrie, avec la chambre mortuaire ou avec la direction des soins. Donc à chaque fois, c'est une culture à apprendre, ce que je crois absolument passionnant. Donc du coup, de se retrouver un peu dans une posture de... Enfin, est-ce qu'il y a le cas d'ailleurs ? Vous êtes experts de votre quotidien et nous, on est là pour essayer de comprendre votre quotidien et décortiquer, poser des questions naïves et qui vont nous permettre de pouvoir accompagner les équipes à co-construire des solutions qui répondent à des vrais problèmes très concrets. Le fait qu'on puisse travailler sur des projets qui peuvent avoir une incidence réelle avec auprès de soignants ou auprès de patients, c'est quelque chose qui est extrêmement motivant. Et c'est vrai qu'avec mon équipe, c'est le fait de partir d'un problème qui part du terrain au quotidien, le poser sur une table à un moment donné et de dire qu'on peut aboutir à une solution qui va exister dans la vraie vie. En tant que designer, vraiment, c'est extrêmement important pour moi, c'est de dépasser le stade des slides. On dit, c'est un super projet, c'est magnifique, c'est beau, au cas, c'est cool. Mais concrètement, jusqu'où on va pour travailler avec toutes les équipes qui gravitent par exemple à l'hôpital et qui sont concernées par le projet, par son mode de diffusion, pour l'encadrer. Enfin voilà, on puisse aller jusque dans la vraie vie et que quand l'objet arrive dans le service, c'est utilisé au quotidien avec un suivi. On dit, ça fait 3 mois, 6 mois que le projet existe. Ce qu'on en retire, vraiment, c'est grisant.

Aude Nyadanu 49:39
Je vais terminer le podcast avec les deux questions que je pose toujours, la première c'est « Est-ce que tu as une devise ? »

Claire Fauchille 49:48
Oui, je pense que si je deviens d'avoir une, ce serait la porte est fermée, on passe par la fenêtre. Pourquoi ? Parce que je pense qu'il ne faut pas s'arrêter à un problème donné. Il y a plein de facteurs qui rentrent au compte et qu'à un moment donné, on ne peut pas rester là les bras ballants, ça marche pas. Oui, ça marche pas, mais déjà il y a plein de raisons au fait que ça marche pas et d'arriver à les identifier et dire bah oui, ok, la porte elle est fermée, mais il y a 10 fenêtres sur le bâtiment donc il y en a bien une. Enfin voilà qu'on va pouvoir pousser pour pouvoir trouver une solution quoi. Enfin il n'y a pas une solution à un problème donné, il y a plein de solutions différentes et après je pense que c'est du design ou d'autres approches, d'autres méthodes, qui peuvent permettre justement d'arriver à les mettre à plat et trouver la fenêtre qui peut s'ouvrir. Et de trouver la fenêtre qui peut s'ouvrir, ou de construire la fenêtre, ça n'existe pas, mais au-là. Ou le souterrain.

Aude Nyadanu 50:42
D'accord, c'est hyper inspirant. Et donc la dernière question classique, c'est à ton avis, qui sont les prochains invités qu'on devrait contacter pour le podcast ? Est-ce que tu connais d'autres transformateurs ou transformatrices que tu nous recommandes ?

Claire Fauchille 50:57
Sans hésitation, vous pouvez contacter l'association iFabrique qui fait un boulot vraiment super et qui forme des jeunes éloignés de l'emploi aux outils de fabrication numérique dans le secteur médico-social et vraiment vous pouvez contacter Céline Martino.

Aude Nyadanu 51:14
C'est bien noté, merci beaucoup en tout cas Claire, j'ai adoré ce moment de partage et il y a beaucoup de choses dans ce que tu dis qui ont beaucoup résonné aussi avec la raison d'être de Lowpital. La méthode que t'adoptes évidemment, c'est celle qu'on essaie de promouvoir et de rendre accessible, le fait que derrière vous soyez aussi sur du partage de compétences, pour permettre aux soignants aussi de régler leurs problèmes avec des outils nouveaux, c'est aussi ce que nous on essaie de faire avec Lowpital. Donc c'est vraiment un plaisir de t'avoir écoutée, d'avoir interrogée, d'avoir partagé ce moment et puis moi j'espère personnellement qu'on va avoir des occasions de travailler ensemble parce que ce qu'on fait est assez complémentaire, je pense c'est en tout cas dans le même état d'esprit. Donc voilà, merci beaucoup Claire. Et d'ailleurs je vais faire un petit clin d'oeil à Jamila, notre stagiaire qui d'ailleurs monte une grosse partie des podcasts qui nous avait été chaudement recommandé par Claire puisqu'elle a fait un stage Humaniteam avant de faire un stage chez Lowpital.

Claire Fauchille 52:12
En tout cas merci beaucoup, on a été ravis de pouvoir intervenir sur ces podcasts-là et on espère pouvoir travailler ensemble pour la suite. Avec plaisir.

Aude Nyadanu 52:22
Merci d'avoir écouté cet épisode des Transformateurs, j'espère qu'il vous a plu. Si c'est le cas, je vous invite à le partager autour de vous, à laisser 5 étoiles et à vous abonner. Transformer le système de santé, c'est justement le cœur de la mission de Lowpital. Pour en savoir plus, rendez-vous sur les réseaux sociaux ou sur notre site lowpital.care. En tout cas, on se retrouve dans 15 jours pour le prochain épisode du podcast.