Alexis Bataille-Hembert Aide-soignant en OPEX

Formé très tôt au contact des patients, Alexis Bataille-Hembert commence comme aide-soignant avant de rejoindre le Service de santé des armées. En mission Tamarin en Guinée, au cœur de la lutte contre Ebola, il improvise un espace familles sécurisé, convaincu que l’éthique et le soin exigent parfois de sortir du cadre.
De retour en France, il exerce dans des hôpitaux militaires, des trauma centers ouverts aux civils, où l’adaptation opérationnelle est la norme. Mobilisé en réanimation pendant le Covid, il reprend ensuite des études pour devenir infirmier, acceptant avec humilité de “réapprendre un nouveau métier” malgré des années d’expérience.

Alexis défend la reconnaissance des compétences invisibles des aides-soignants : créer la confiance en quelques minutes, préserver la dignité dans les gestes intimes, savoir toucher et parler avec justesse. Pour lui, l’aide est un soin, et le métier mérite d’être valorisé bien au-delà des actes techniques.

Il milite aussi pour élargir leur rôle en santé publique, notamment en prévention et en éducation au plus près des patients. Auteur de plusieurs ouvrages — dont Vous avez mal où ? et Le guide de survie de l’aide-soignant — il voit dans l’écriture un outil d’autonomisation et de transmission, capable de donner envie d’agir et de montrer que chacun peut “faire sa part”.

Un témoignage franc et inspirant qui met en lumière les défis et l’importance stratégique du métier d’aide-soignant, maillon indispensable de notre système de santé.

Photo de Paris
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Transcription de l'épisode
Domitille Roux 00:01
Bienvenue chez les Transformateurs à un podcast créé et produit par Lowpital. Professionnels de santé, entrepreneurs, designers, auteurs, nos invités ont des profils divers, mais la volonté commune d'impulser des dynamiques innovantes au sein de notre système de santé. Écoutez-les parler de leurs projets inspirants et partez à la rencontre du système de santé de demain au travers de leur voix. Je suis Domitille Roux, la community manager de l'Hôpital. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Alexis Bataille-Hembert. Ses professeurs disaient de lui qu'il était mauvais élève au lycée. Et pourtant, il est aujourd'hui l'auteur et le coauteur de plusieurs ouvrages portant entre autres sur son métier d'aide soignant dans le civil et dans l'armée.

Alexis Bataille-Hembert 00:48
Alors Alexis Bataille, j'ai bientôt 30 ans, au mois de septembre, j'ai été de soignant pendant plusieurs années, maintenant je termine mon cursus d'infirmier, donc a priori je serai diplômé au mois de juillet. Au-delà de mes activités de soignant, j'ai aussi une activité d'auteur, et maintenant bientôt consultant pour une grande entreprise.

Domitille Roux 01:08
Ok, bon bah tu vas pouvoir nous raconter tout ça en détail. Alors à la base, au début de ton parcours, pourquoi est-ce que tu es devenu être soignant ? Pourquoi est-ce que tu t'es orienté vers le soin ?

Alexis Bataille-Hembert 01:17
En fait, le choix de devenir soignant, ça s'est tout de suite concrétisé dès l'enfance parce que dans mon milieu familial, il y avait énormément de professionnels de santé et puis en fait tout naturellement au moment du choix décisif de la fin du collège je me suis dit bah pourquoi pas, pourquoi pas me lancer dans cette carrière sans forcément avoir de grandes convictions mais en tout cas j'avais envie d'aider les autres. Et comme je n'étais pas un très bon élève, on m'a orienté vers un BEP carrières sociales qui m'a permis vraiment de développer mon regard que je pouvais avoir sur le monde de l'hôpital et puis de faire un choix professionnel qui était celui de devenir soignant.

Domitille Roux 01:57
Et est-ce que tu pourrais tout simplement nous raconter les débuts de ton parcours d'être soignant ?

Alexis Bataille-Hembert 02:03
D'abord, la première fois que j'ai vu un patient, parce que c'était assez important, c'est une rencontre importante, donc comme j'étais en BEP carrières sociales, le premier patient que j'ai vu, j'avais 15 ou 16 ans. La première toilette que j'ai réalisée, j'avais 15 ou 16 ans. Maintenant, c'est plus d'actualité. C'est terminé. Et ensuite, lorsque je suis entré en formation AS, effectivement, là, le choix s'est confirmé et les débuts étaient beaucoup moins difficiles dans le sens où j'avais déjà eu ma petite expérience de soignants, à la fois l'hôpital, mais aussi dans d'autres établissements. Et avant d'entrer dans ma formation, j'avais eu la chance d'être ASH de nuit dans un Ehpad ou là, entre guillemets, j'ai déjà pu me rôder au vrai quotidien, parce qu'en encore une fois, entre ce qu'on peut apprendre dans une formation et la réalité, il y a parfois un gap, mais en même temps, ça m'a simplement confirmé que j'aimais ce métier et que j'avais envie de poursuivre là-dedans. Et j'ai eu la chance de faire des stages dans un même centre hospitalier, l'ensemble du parcours, ce qui m'a permis vraiment de développer tout un panel de prise en charge qui m'a servi par la suite lorsque je me suis engagé dans l'armée.

Domitille Roux 03:12
Donc, t'as eu des premières expériences très jeune en tant que soignant. Comment est-ce que tu t'es intégré dans une équipe qui, à mon avis, comportait des personnes plus âgées, qui avaient plus de bouteilles dans le soin ? Comment ça s'est passé pour toi ?

Alexis Bataille-Hembert 03:26
Alors pour nous en tant que garçon, alors c'est absolument pas un propos matchiste, mais c'est vrai qu'on a cette étiquette de gentil, de gros bras, d'être supplémentaire, dont dans un service, en règle générale, lorsqu'on a un garçon, ça se passe toujours à peu près bien, mais je dirais que j'ai même plutôt développé ma fonction AS en dehors des stages. C'était plutôt au sein de ma promotion, parce que la formation AS, on était à une époque où on ouvrait énormément les vannes, parce qu'on avait un gros besoin d'être soignants, ce qui est toujours un petit peu le cas maintenant, mais cette époque-là c'était le début. Et dans ma promotion, il y avait des personnes beaucoup plus âgées que moi, qui avaient leurs propres expériences professionnelles, et moi j'étais quand même un petit peu le petit jeune de l'aventure, et c'est vrai que c'est auprès d'elles, parce qu'il y avait une majeure partie de femmes. Auprès d'elles, j'ai appris beaucoup de choses, à la fois sur le plan professionnel, parce qu'elles avaient des choses à m'apporter, mais aussi sur le plan humain, parce que je sortais de chez papa maman et que j'avais certainement besoin aussi d'être un peu dégrossi. Donc auprès d'elles, j'ai vraiment appris beaucoup de choses, y compris dans ma fonction d'AS.

Domitille Roux 04:27
Tu disais tout à l'heure qu'il y a un écart parfois entre la formation et la réalité sur le terrain. Est-ce que toi t'as pu constater quelque chose de cet ordre là entre ta formation même si tu l'as commencé très jeune et tes premiers stages et tes premières expériences en tant qu'aide soignant ?

Alexis Bataille-Hembert 04:41
Il y a forcément une différence parce que la théorie, même dans le quotidien, la théorie et la pratique, il y a toujours quelque chose de très différent. Alors sans forcément que ce soit négatif, mais effectivement entre ce qu'on nous apprend en formation, alors que ce soit en BEP, que ce soit en formation AS, et après ce qu'on pratique sur le terrain, bien évidemment il y a des choses qui ne se ressemblent pas, parce qu'il y a l'organisation des sources qui s'imposent à nous, parce qu'à l'époque il y avait déjà des difficultés, ressources humaines financières, d'organisation même du parcours, du patient, donc ça c'est quelque chose que j'ai constaté, ça n'a pas forcément été un frein, mais du coup on apprend à être beaucoup plus créatif, beaucoup plus innovant, parce qu'il faut s'adapter perpétuellement, c'est quand même une qualité première des soignants, et c'est certainement parce qu'il y a ce gap aussi qu'on gagne en adaptabilité beaucoup plus vite que les autres certainement.

Domitille Roux 05:34
Donc pour toi, c'est ce gap qui donne naissance un peu à l'innovation dans le soin.

Alexis Bataille-Hembert 05:38
On a une base sur laquelle on s'appuie, qui est la théorie, et en fait une fois qu'on arrive face à un patient, il est évidemment à dire, qu'est-ce que je vais faire, mais parce qu'on a cette base, parce qu'on a ces acquis qui existent, qui préexistent déjà, on est capable de sortir un peu du cadre, pour aller chercher des choses dont on n'a pas forcément la pleine compétence, mais on sait qu'au cas où, lorsque l'on sent un peu moins à l'aise, on pourra revenir dans le cadre, très facilement, même si ça restait conventionnel et qu'on sera peut-être un peu frustré de ne pas être allé au bout des choses, pour autant on sait qu'on peut toujours s'appuyer sur cette théorie. Et je crois qu'au quotidien, dans ma vie professionnelle, c'était un peu ça, cette capacité à sortir du cadre, au-delà de mon expérience individuelle, mais vraiment, tous mes collègues ont vraiment eu cette habitude de sortir du cadre, et à d'y revenir si vraiment il y avait eu un problème, ou lorsqu'il se sentait un peu moins à l'aise.

Domitille Roux 06:30
Est-ce que tu as un souvenir d'être sorti du cadre et que ça a été bénéfique pour le patient ou un moment qui t'a marqué dans ce sens-là ?

Alexis Bataille-Hembert 06:38
J'ai pas mal d'expérience de ce style-là, alors je vais perdre d'une expérience militaire. Lorsque je suis parti en mission qui était la mission Tamarin, donc en 2015 pour lutter contre la pandémie Ebola, le service santé a développé un centre de traitement des soignants dans lequel on accueille des soignants contaminés par le virus Ebola, et nous, professionnels de santé, on gravitait autour d'eux. Plusieurs fois, on est sortis du cadre, parce que ces patients qui étaient isolés dans notre centre de traitement avaient besoin de voir leur famille. Ça reste un besoin très primaire, très naturel. Ils avaient besoin de voir leur famille, et ce centre de traitement s'est adapté en sortant un peu du cadre, en développant un espace famille qui leur permettait, avec toutes les contraintes qu'on peut imaginer, mais qui leur permettait quand même de se voir, de rencontrer leur famille, de faire passer des messages, de faire passer aussi de la nourriture, de faire passer des photos, de faire passer des dessins, tout en ayant quand même un contact plus ou moins rapproché, alors encore une fois avec toutes les contraintes que ça suppose, mais un contact plus ou moins rapproché que leur famille. Et pour moi, je trouvais que c'était formidable de s'octroyer un peu cette sortie de cadre, parce qu'on aurait pu très bien dire que non. On n'organisait aucune visite, parce que pour nous aussi ça représentait un danger, celui d'être contaminé par du virus. Mais on s'est décidé quand même à l'organiser, et en définitive ça a plu à tout le monde. Et lorsque la pandémie Ebola a flambé, on a su revenir aussi dans ce cadre et interdire momentanément les visites à l'espace des familles.

Domitille Roux 08:10
D'accord, donc c'était pas forcément la première, mais c'était une expérience d'innovation pour toi dans ce cadre-là. Je sens que tu brûles de nous parler de ton expérience militaire. Est-ce que tu peux nous raconter un petit peu comment ça t'est venu et pourquoi est-ce que t'as décidé d'orienter ta carrière vers l'armée ?

Alexis Bataille-Hembert 08:29
En fait, à vrai dire, je voulais m'engager dans l'armée depuis que j'étais tout petit, mais lorsque j'ai choisi de devenir soignant, c'est un peu éloigné en me disant que les soignants dans les armées, ça n'existe pas. Et encore moins des aides soignants, donc j'avais mis ce rêve de gosse un peu de côté. Et puis, en fait, lorsque j'ai eu mon diplôme, je suis allé une semaine ou deux après l'obtention du diplôme, je suis allé à un salon étudiant accompagner des amis. Il y avait un stand du service de santé des armées, donc par curiosité, je suis allé un peu échanger avec eux. En fait, ils m'ont dit que c'était tout à fait possible de devenir un soignant militaire sans problème et qu'il suffisait simplement de faire un dossier d'engagement, ce que je me suis précipité de faire. Et donc ça, c'était en janvier 2013 et en septembre 2013, j'intégrais ma première affectation.

Domitille Roux 09:19
D'accord, et comment ça se passe entre, du coup, ton expérience dans l'hôpital et ton expérience militaire ? C'est quoi les principales différences ? Comment est-ce que ça s'est passé au début ?

Alexis Bataille-Hembert 09:30
Alors lorsque tu es militaire infirmier technicien des hôpitaux des armées, c'est notre statut, comme il l'indique, tu es d'abord militaire. Donc on reçoit une formation militaire qui n'est pas très longue, qui est de quatre semaines en école de gendarmerie, où en fait on t'apprend les rudiments de la vie militaire, c'est-à-dire l'ordre serré, le garde-à-vous, la marseillaise, la marche au pas, le maniement d'une arme aussi qui fait partie de notre quotidien, mais on a cette spécificité quand même d'exercer une activité professionnelle qui est quand même pas singulière au sein des armées et même si les armées nous considèrent d'abord comme des militaires, au fond nous-mêmes on est d'abord quand même des professionnels de santé. Et c'est ce qu'ils se voient dans les hôpitaux militaires où l'activité qui est proposée, l'activité de soins, elle est quand même essentiellement concentrée sur une activité civile ouverte aux civils, puisque la plupart des hôpitaux militaires accueillent des civils plutôt que des militaires, et quelque part pour exercer tant mieux, c'est-à-dire que les militaires se tiennent pas trop mal, plutôt en bonne santé, et on s'occupe aussi des ayants droits donc les familles, les enfants, les anciens combattants, et là c'est vraiment notre coeur d'activité. Moi j'ai travaillé dans des services chirurgies où là puisque la plupart des hôpitaux militaires sont des trauma centers, on accueillait des blessés militaires ou des blessés civils, par exemple lors du bataclan on accueillait des blessés dans les hôpitaux militaires qui étaient donc des blessés balistiques par balles, mais des blessés civils, sinon dans d'autres activités ce sont des blessés militaires.

Domitille Roux 11:11
D'accord, donc dans ton quotidien, dans ton activité, tu portes plus une blouse blanche que ton uniforme. Et est-ce que t'as fait des opérations, alors des OPEX, t'en as... t'en as fait plusieurs, est-ce qu'il y en a qui t'ont marqué, comment est-ce que t'as vécu le soin à l'étranger ?

Alexis Bataille-Hembert 11:27
Une seule mission qui était donc la mission Tamarin qui pour le coup était une OPEX un petit peu différente puisqu'il s'agissait pas d'un théâtre de guerre. C'était vraiment quelque part une mission quasiment humanitaire, dans le sens où on allait apporter notre expertise de professionnel de santé à un pays ami. Donc c'était une super expérience, pour moi c'était la première fois que j'allais en Afrique subsahrienne. Dans un pays que je ne connaissais pas du tout, y compris sur la carte du monde, j'ai dû m'enseigner pour savoir où c'était. Très très belle expérience parce que ça nous a permis d'une part de développer une expertise dans le champ du NRBC, donc nucléaire radiologique-pactériologique chimique, en particulier donc pactériologique, ce qui quelques années plus tard nous a bien aidé lorsqu'il s'agissait de vaincre la Covid. Et puis la collaboration aussi avec le service santé local, où là on s'aperçoit que même si les pratiques, même si les moyens sont différents, le fond est le même et l'envie d'aider, l'envie de soigner, l'envie de faire évoluer les prises en charge est la même. Et ça c'était quand même très très intéressant pour nous et en tout cas à ma place d'être soignant c'était quand même très formateur.

Domitille Roux 12:38
Ça m'intéresse que tu reviennes un petit peu sur l'exemple que tu évoquais tout à l'heure parce qu'on peut s'imaginer que c'est encore plus difficile de sortir du cadre dans l'armée parce que l'armée c'est par essence pour moi l'endroit où c'est extrêmement cadré, où c'est très codifié comment est-ce que vous avez fait pour prendre la décision commune d'organiser cet espace-famille est-ce que vous avez dû en quelque sorte pour déroger aux règles, est-ce qu'il a fallu désobéir en quelque sorte comment est-ce que ça s'est passé pour la naissance de ce projet-là ?

Alexis Bataille-Hembert 13:04
Une équipe pluriprofessionnelle a été réunie sur le camp pour réfléchir à cette organisation. Il faut savoir que dès le début, tout a été placé sous le signe de l'innovation et de la création. Parce que lorsque mes collègues, moi je ne suis pas sur l'équipe qui est arrivée en premier, mais mes collègues qui sont arrivés en premier, ont pris possession d'un terrain vide. Il a fallu, dès le début, sur une page blanche imaginer un centre de traitement des soignants avec le parcours patient, avec les différentes zones, avec l'organisation des soins qu'on pouvait développer l'intérieur. Pour le coup, dès le début, on était sur une mission innovante et créative. Et pour l'espace des familles, ça a été à peu près le même process, donc une équipe pluriprofessionnelle a été réunie. On a réfléchi aussi en collaboration avec les psychologues et la psychiatre du camp, la façon dont on pouvait sans créer de la souffrance pour les patients de voir leur famille, mais ne pas pouvoir les toucher, ne pas pouvoir les sentir, comment on pouvait organiser cet espace famille. Et puis on a aussi demandé leur avis aux patients, directement, pour savoir eux si c'était un réel besoin, si la façon dont on leur présentait le projet, ça leur convenait, parce qu'après, il ne s'agissait pas encore une fois de créer de la souffrance, ou une certaine frustration vis-à-vis de ce qu'on leur proposait. Et on avait la chance, entre guillemets, d'avoir, en tant que patient, des professionnels de santé. Du coup, ont su prendre beaucoup de hauteur sur ce qu'on leur proposait et aussi imaginer le bénéfice sanitaire que ça pouvait leur octroyer au-delà du simple fait de faire passer du poisson et du riz. Il y avait vraiment autre chose derrière tout ça. Donc voilà, on va commencer à s'organiser et ça s'est fait très vite, parce qu'il y avait un besoin qui s'est exprimé et qui était quasiment urgent, qu'on a organisé ça très rapidement avec le service de santé des armées et le régiment de dragons qui était présent avec nous sur le site, qui est lui une spécialité de prise en charge du risque NRBC. Et a priori, dès le début, ça a bien matché et c'est un concept qui a été perpétué jusqu'à la fin de la mission.

Domitille Roux 15:16
D'accord, donc vous avez fait du design thninking, presque sans le savoir, en fait, en observant dans un moment.

Alexis Bataille-Hembert 15:21
Voilà, sous la tente, sous 60 degrés.

Domitille Roux 15:23
Les cerveaux devaient bien chauffer et c'est le but d'une session d'idéation. Là plus récemment, tu es retourné sur les bandes d'école pour faire ta formation d'infirmiers, d'être soignant dans les armées à infirmiers. Comment as-tu pris cette décision de retourner sur les bandes d'école ?

Alexis Bataille-Hembert 15:41
En fait je me sentais limité dans mes prises en soins et j'avais envie d'en savoir plus et vraiment de développer ma prise en charge auprès des patients et donc en tant qu'aide-soignant la seule possibilité de le faire c'était de devenir infirmière. Donc j'ai décidé de faire cette formation à l'époque, on peut encore parler d'époque puisque maintenant ça a encore bien bougé mais il fallait passer un concours, il y avait un concours qui nous obligait à candidater dans les Ipsi. Je passais ce concours en 2017, à l'époque j'étais encore militaire mais je savais que j'ai quitté l'armée en 2019 puisque j'avais bien anticipé le projet. Donc en 2017 j'ai su que j'étais pris en Ipsi, j'ai patienté deux ans avant d'entrer et puis ensuite en 2019 ça s'est fait. Donc je suis retourné chez moi dans le Grand Nord de la France, chez mes parents, j'ai retrouvé ma chambre d'adolescent et puis pendant trois années donc il se termine maintenant, j'ai suivi la formation d'infirmière. Avec cette chance d'avoir une expérience professionnelle passée, je crois que c'était notre force, soit ce qu'on a un groupe d'aides soignants en formation professionnelle, c'est notre force, soit ce qu'on a une appréciation différente des soins, on connaît le côté positif mais aussi le côté négatif du travail, de l'organisation à l'hôpital, de l'organisation des soins, des patients également, c'est pas quand même un public toujours facile et ça peut tout à fait se comprendre, peut-être que les soignants ne le sont pas non plus et puis on sait dès le début ce que les équipes peuvent attendre d'un étudiant, d'un stagiaire. Donc notre place, notre façon d'être et nos connaissances, je pense, sont une force. Auprès de nos petits camarades, on a appris plein de choses, c'est vrai que lorsqu'on a 18 ou 19 ans, on apprécie les choses différemment, on a une fraîcheur que parfois on a déjà un peu moins, une fraîcheur d'idées, une fraîcheur d'innovation puisque c'est un peu le sujet de ce podcast, d'innovation, de création, donc c'est du gagnant-gagnant, c'est du win-win entre tout le monde.

Domitille Roux 17:41
Et tes premiers stages, vu que les stages en première année, ils sont quand même plutôt centrés au niveau des compétences, justement, de l'aide soignante. Si je ne me trompe pas, comment ça s'est passé ? En fait, tu as fait des stages sur des terrains que tu connaissais déjà très très bien, en fait. Est-ce que tu as pu faire d'autres stages par rapport aux étudiants qui étaient en formation initiale d'infirmier ?

Alexis Bataille-Hembert 17:59
Le premier stage a été octroyé d'office, vous êtes soignant en formation professionnelle donc je suis pas allé en stage premier semestre et puis au deuxième semestre j'ai commencé mon stage dans une maison d'accueil spécialisé donc auprès d'un public que je ne connaissais pas pour le coup qui était un public de personne en situation d'handicap mais en fait très rapidement il y a eu notre sainte Covid qui est arrivée donc j'ai été réquisitionné à l'hôpital militaire donc j'ai passé 6 semaines en réanimation pour justement accompagner mes petits camarades qui bossaient sans relâche déjà depuis plusieurs semaines et puis apporter entre guillemets mon expertise puisque j'ai retrouvé pas mal de petits camarades que j'avais vus lors de l'opération Tamarin en Guinée ce qui fait que la première année pour moi elle a été entrecoupée de cette expérience Covid et ensuite les autres stages bah puisqu'on était déjà dans une dimension différente c'est à dire vraiment avec un statut d'étudiant soit infirmier là c'était différent donc j'ai vraiment pu apprendre un nouveau métier moi je le dis à chaque fois cette formation même si j'en ai expérience j'apprends réellement un nouveau métier

Domitille Roux 19:04
En parlant de nouveaux métiers, on peut aussi parler de ta carrière d'écrivain et d'auteur, parce que tu as aussi cette casquette-là. Quand est-ce que tu as commencé à écrire et pourquoi est-ce que tu as voulu écrire ? Je crois que ton premier ouvrage a été justement une boîte à outils à destination des aides-soignants, c'est ça ?

Alexis Bataille-Hembert 19:23
Ah non, mon premier ouvrage, raté, non c'est pas grave, le premier ouvrage c'était « Vous avez mal où » et en fait c'était le fruit d'une page Facebook, donc la base de cette écriture, la base de l'écriture, c'était une page Facebook que j'avais ouvert durant l'été 2017, je ne savais pas trop quoi faire et donc j'ai décidé qu'une fois par semaine j'allais raconter des anecdotes de soins, alors sous tous les versants, un comique, dramatique, apprenant, j'ai dit que toutes les semaines j'allais faire ça et puis en fait assez vite ça a pris, ça a trouvé son public, j'ai eu la chance surtout d'être soutenu par Bernadette Fabrigas qui à l'époque était redact chef d'infirmier.com, un site communautaire qui avait quand même pignon sur rue pour moi, donc c'était un sacré tremplin puisque très vite grâce à Bernadette qui relayait aussi elle-même les chroniques sur le site, la page a bien grandi très vite, actus soins accompagnés juste derrière et puis l'été suivant un éditeur m'a contacté disons que c'était pas mal ce que je faisais et donc il me proposait de compulser toutes ces chroniques pour en faire un ouvrage. Donc en 2019, juste avant de quitter l'armée, je publie le premier ouvrage soutenu par le service Santé Armée mais très bonne expérience puisque ça a ouvert quand même d'autres champs des possibles. Pour rebondir sur ce que tu me disais, effectivement le deuxième ouvrage a été "Le guide de survie de l'aide soignant" aux éditions Vuibert qui étaient publiées en 2021, grâce à Justine Van Rubeek qui était éditrice junior chez Vuibert. Pour le coup, c'était une expérience encore une fois tout à fait atypique puisqu'il s'agissait de faire du professionnel donc avec du contenu un peu plus sérieux que des chroniques, des recherches, de construire une trame, de travailler aussi en collaboration avec des éditions qui sont quand même assez monstrueuses, c'est une sacré machine Vuibert, c'est pas rien mais vraiment super puisqu'on a renouvelé l'expérience en publiant en février dernier "Les 50 outils indispensables de l'aide soignant", là j'étais en collaboration avec 3 auteurs et puis j'ai aussi eu l'occasion de publier mais pour une autre plateforme pour laquelle j'écris, en collaboration avec 53 auteurs, innovation et management des structures de santé en France. Donc le H édition via manager santé.

Domitille Roux 22:05
édition à laquelle elle a aussi participé Lydwine Vaillant qui co-anime ce podcast des transformateurs. Ça m'intéresse de revenir un petit peu sur « Vous avez mal où » parce que c'est pareil, c'est à nouveau un projet assez innovant parce qu'il a généré un engouement assez rapide, comme tu le disais. Est-ce que ça t'a aidé à construire un dialogue avec des professionnels, des confrères, des conseours et à nourrir un dialogue autour de votre pratique ? Qu'est-ce que ça a généré pour toi cet engagement-là autour de tes chroniques ?

Alexis Bataille-Hembert 22:37
En fait, dès le début, comme je le disais, effectivement, il y a eu un engouement, et ce qui était assez formidable, c'est que la plupart de l'audience était évidemment aide-soignante. Et pour elle, parce que c'est quand même une majeure partie de femmes chez les aides-soignantes, pour elles, elles se retrouvaient dans un quotidien qui était le leur également avec des histoires assez similaires. En se disant, finalement, je suis peut-être capable aussi d'écrire et de proposer du contenu qui soit intéressant, qui soit touchant, qui veuille le dire quelque chose et qui, au-delà de ça, transpire un peu de ma vision des soins. Dans le couloir pensé un aides-soignants, qui était la page Facebook original, ça a permis à certaines de me proposer des textes, de me demander des conseils, de réfléchir aussi ensemble à du contenu pour les accompagner, et puis leur dire tout simplement qu'il suffisait pas de connaître de grands éditeurs pour publier, mais il suffisait simplement d'avoir envie et de se donner quelques moyens. Donc c'était une très belle expérience que j'ai clôturée, puisque dès lors que j'ai changé d'étiquette professionnelle, je n'ai pas voulu poursuivre cette page Facebook, puisque l'audience allait beaucoup moins s'y retrouver. Donc j'ai clôturé cette page, j'ai gardé contact avec certains lecteurs de l'époque qui m'ont retrouvé sur les réseaux, sur d'autres réseaux, et puis l'ouvrage en lui-même me permet aussi de rencontrer encore maintenant des étudiants, des étudiants infirmiers, des élèves à être soignants, parce que dans plusieurs instituts de formation, il a été utilisé dans le cadre de l'Unité de l'Enseignement 6.1, je crois, qui est donc la rédaction d'une fiche de lecture, où ça m'a donné l'occasion de discuter avec eux et d'échanger aussi sur la pratique.

Domitille Roux 24:29
D'accord. Et les anecdotes d'autres que tu racontais sur cette page-là, c'était uniquement des anecdotes que t'avais vécu en tant qu'aide-soignant militaire, ou est-ce que ça reprenait aussi des moments que t'avais vécu quand tu travaillais dans le civil ?

Alexis Bataille-Hembert 24:39
Oui, en fait dès que j'ai été aide soignants, c'était vraiment tout ce que j'ai pu compulser, alors ce que j'avais expliqué dès le début sur la page Facebook, c'était que parfois pour éviter justement de trahir ce secret professionnel, qui est un petit peu notre devoir de soignant, certaines histoires, c'était un peu un mix de plusieurs, mais le liant de l'anecdote c'était réel et parfois c'était simplement le sujet d'une seule personne, et pour le reste effectivement il y en avait pour tous les goûts, du triste, du drôle, mais il y a quand même un peu plus de drôle, soit quand même un métier de contact avec l'humain, et souvent à l'hôpital il y a quand même des situations très très drôles parce que les gens sont nature, en fait il n'y a plus de filtre à l'hôpital.

Domitille Roux 25:26
Alors est-ce que tu pourrais nous raconter une anecdote comme ça ?

Alexis Bataille-Hembert 25:30
Qu'est-ce que je peux te raconter, parce qu'il n'y a pas de filtre à l'hôpital, alors parfois c'est quand même un peu sur le versant sexuel, alors on ne va pas raconter d'histoire sexuelle. Qu'est-ce que je peux te raconter ? J'avais un patient dans un hôpital où pour lui l'hôpital, la nourriture qui lui était servie à l'hôpital c'était dégueulasse. Je ne portais pas la nourriture de l'hôpital, puis donc un jour il nous explique que maintenant il faut arrêter les conneries, il veut bien manger. Donc il a contacté le restaurant qui était juste à côté de l'hôpital, et puis nous on était dans la salle de soin en train de discuter des patients, et on a vu arriver tout un tas de serveurs, tout un tas de services traiteurs arriver dans sa chambre, installer la nappe, les chandelle, les bons repas. Et en fait au-delà du fait qu'il se serve lui-même un bon menu, il avait invité tous ses copains. Donc ils ont organisé un repas gastronomique auquel on a été invité en fin d'après-midi où tout le monde avait bien abusé du rouge. Et c'était un chouette moment, c'était un chouette moment, parce que c'est là où on s'aperçoit que les limites de l'hôpital, les frontières de l'hôpital, elles n'existent pas réellement, à partir du moment où aussi les soignants sont, comment dirais-je, où les soignants collaborent avec les patients, puisqu'en soi il n'y avait rien de grave, il n'y avait pas de danger d'abuser un peu du foie gras et du vin rouge, ce n'était pas un problème. Son expérience à l'hôpital a été certainement améliorée grâce à ça.

Domitille Roux 27:02
D'accord, donc c'est lui qui a désobéi un petit peu et qui s'est dit « Bon, puisqu'il ne lui vaut pas me servir un bon menu, on est d'autant mieux servi que par moi-même, les patients sont désobéissants. » Et plus récemment, tu as écrit un autre ouvrage qui porte sur un thème beaucoup moins drôle et qui évoque ton expérience aussi en tant que militaire qui est « Je reste un soldat." Est-ce que tu pourras nous parler un petit peu de cet ouvrage-là aussi ?

Alexis Bataille-Hembert 27:33
Alors "Je reste un soldat", c'est un ouvrage que j'ai co créé avec le caporal chef Manuel Cabrita qui est un grand blessé de guerre que j'ai rencontré lorsque j'étais aide soignant militaire à l'hôpital Bercy il a été blessé en 2017, oui, 2017 au Mali c'était un auxiliaire sanitaire, son engin a roulé sur une bombe artisanale au Mali donc lorsque le vehicule a roulé, la roue avant gauche, lui en tant que conducteur évidemment, il était juste à côté il s'est pris l'ensemble de la déflagration et après cet accident il a perdu un bras, une jambe et une bonne partie du visage et quand je l'ai eu en tant que patient dans mon service de chirurgie, donc dans le cadre du service après-vente de la réanimation, comme je lui ai dit moi j'étais assez impressionné par le personnage qui était très résilient alors parfois c'est une façade, c'est aussi une façon d'être dans le déni, de ne pas prendre en compte sa pathologie, son handicap mais en fait quand on creuse un peu avec Manuel, c'est pas du chiquet, c'est du vrai et je crois que c'est sa force, c'est sa véritable force alors quand j'ai vu un petit peu ce qu'il en sortait avec lui, je lui proposais tout simplement d'écrire un bouquin sous la forme qu'il lui convenait, dans le temps qu'il lui convenait et chez l'éditeur qu'il voulait. Voilà, je lui laissais vraiment libre cours, moi je lui prêtais simplement ma plume et mon ordinateur pour qu'on puisse faire ça et en fait il a respecté le contrat, c'est à dire qu'il a pris beaucoup de temps pour aller réfléchir et puis en 2021, donc l'année dernière, il m'a recontacté, on avait gardé le contact mais il m'a vraiment recontacté pour ce travail en me disant bah écoute ça va mieux, je me sens prêt dis moi ce qu'on fait, donc ça s'est fait assez vite via une visioconférence enregistrée où tous les samedis on avait rendez-vous pendant une heure, une heure et demi l'ouvrage a été écrit à quatre mains en quatre ou cinq mois avec des chapitres intermédiaires qui sont beaucoup plus institutionnels et sur lesquels j'ai pris la main parce qu'il s'agissait aussi d'expliquer aux gens comment s'organise le parcours d'un blessé de guerre et puis ensuite on a eu la chance et même l'honneur, je dirais d'avoir le Président de la République qui participe directement à l'ouvrage puisqu'il a rédigé l'avant-propos, en souvenir du lien qui préexistait avec Manuel puisqu'il l'avait emmené à l'époque avec lui lors de la finale de la Coupe du monde en Russie dans le Falcon Prédidentiel et puis puisque c'est l'objet de son message, son avant-propos il est quand même beaucoup plus général il s'adresse à tous les blessés militaires et à toutes celles des ceux qui offrent un petit peu une partie de leur vie la défense de nos intérêts pour nous citoyens français.

Domitille Roux 30:26
Alors c'est amusant parce qu'au début de ce podcast, tu disais que tu étais un petit peu le cancre qu'on n'avait pas voulu envoyer en formation générale et puis voilà t'as fait être soignant, puis t'as aidé en l'armée, puis t'as fini par écrire en fait. Et ce qui fait de toi tout sauf un cancre, je pense. Et donc là tu écris des livres seuls ou à quatre mains ou à plus, comme c'est le cas avec Manager Santé. Est-ce que tu penses que c'est ça qui fait de toi un transformateur ?

Alexis Bataille-Hembert 30:49
Un transformateur, alors modestement je ne te dirais pas forcément que je suis un transformateur mais je crois que c'est surtout une volonté de faire bouger les choses et de prouver aussi aux unes et aux autres comme je le faisais via la page Facebook à l'époque. Tout le monde est capable de, si ce n'est de ce donner les moyens. Alors ce ne sont pas toujours des moyens financiers, j'en suis la preuve. Justement pour les aides soignants c'est de se dire qu'en dépit de leur formation qui peut leur paraitre assez souvent modeste, peu importante, discrète, en fait tout le monde a cette capacité de création si tant est qu'à un moment donné on leur fait confiance. Si toute cette aventure s'est précipitée c'est aussi parce que des gens m'ont fait confiance. Toutes ces personnes m'ont tendu la main, que j'ai acceptée, mais sans eux, peut-être que j'en serai encore au stade de la page Facebook.

Domitille Roux 32:05
Oui, alors que tu avais une vraie communauté autour de toi et que tu as pu la faire grandir et l'engager encore plus en écrivant d'autres livres ensuite, et donc par rapport au livre plutôt qui portait sur l'innovation, porté par Manager Santé, pour toi c'est quoi les perspectives et les innovations à venir pour le métier d'être soignant ?

Alexis Bataille-Hembert 32:25
Maintenant, on est quand même à un carrefour assez important pour les aides-soignants parce que le métier d'infirmiers qui lui est corrélé immédiatement puisqu'on travaille en collaboration avec les infirmiers, il est lui-même en train d'évoluer, et vraiment d'être mieux pris en compte par les institutions sur le plan particulièrement de la pratique avancée, où là, en fait, on s'aperçoit que les infirmiers vont devoir prendre une place cardinale dans le système de santé. Donc à mon avis, pour les aides-soignants, ça va aller de paire parce que si les infirmiers se développent de nouvelles compétences, à mon avis, ils ne pourront plus tout faire. Ça veut dire que pour les aides-soignants, il y a des choses qui ne sont pas non pas à prendre, s'il ne s'agit pas de déshabiller Pierre pour habiller Paul, ce qui est toujours un petit peu le problème lorsqu'on crée un métier, en tout cas, on développe un métier qui le fruit d'un autre. Lorsqu'on a besoin de lui donner de nouvelles activités, on va piocher dans le référentiel qui nous a servi à la base, sauf qu'il faut bien le comprendre, et là, je prie pour ma nouvelle paroisse, mais quand on est infirmier, on n'a pas forcément envie de se faire déshabiller pour donner des activités à un autre métier. Pour les aides-soignants il y a des nouvelles choses à créer qui n'existent pas, je pense, surtout sur le plan de la santé publique, où là, on s'aperçoit que c'est quand même une thématique qui prend beaucoup de place, on l'a vu avec la Covid, on l'imagine dans un autre contexte de sanitaire et même de façon générale, dans toutes les actualités de la santé publique que l'on peut constater, je dis encore il y a quelques jours que l'obésité était un fléau national, international, et pour les aides-soignants en santé publique, ça, c'est quelque chose qui a à mon sens à développer, parce que ce sont les professionnels de santé de premier recours, ils sont donc au contact direct de la personne soignée de leur entourage, et si eux-mêmes n'ont pas cette compétence pour éduquer, pour promouvoir, pour prévenir aussi des comportements à risque ou des situations à risque pour la santé, qui le fera, parce que les infirmières pratiquement seraient, ils seront vraiment placés dans des fonctions de coordination, ou peut-être un peu moins au contact permanent des patients, et donc il n'y aura plus que ces aides-soignants, et éventuellement, auxiliaires de vie, si elles et eux ne le font pas, qui le fera. Donc on va, si on ne développe pas cette nouvelle compétence pour les aides-soignants, on va vraiment passer sous-silence, tout un pan de la vie des citoyens, des personnes, et peut-être qu'on accusera le coup, dans 20 ans, disant, si on avait su, il y avait peut-être quelque chose à créer.

Domitille Roux 34:57
Mais c'est dingue, d'ailleurs, parce que je voudrais revenir sur la nomenclature, justement, de ce métier d'aide soignant. Je me suis toujours dit que c'est comme si vous n'étiez pas des soignants, alors que vous en êtes à part entière. Comment est-ce que toi, tu vis ce terme d'aide-soignant ? Et si tu devais proposer un autre mot pour cette profession, qu'est-ce que tu choisirais ? Comment tu le sens par rapport à ça ?

Alexis Bataille-Hembert 35:16
Aide-soignant, c'est une spécificité plus ou moins française parce que dans d'autres pays, ça a une dénomination différente. C'est vrai que lorsqu'on parle de cette nomenclature avec les aides-soignants qui sont les principaux concernés, parfois dans leur bouche, on réduit encore un peu plus cette appellation en s'appelant « aide de soin ». Je suis aide de soin, ce n'est pas grand-chose, je suis aide soin. Alors que moi, je peux considérer que le terme est parfois intéressant parce que ça veut dire que l'aide qui est apportée, c'est un soin. Oui, effectivement, moi toute l'aide que j'apporte à un patient, c'est un soin, en tout cas, j'imagine comme ça. C'est-à-dire qu'il y a une démarche, c'était réfléchi, il ne s'agit pas simplement de tenir la main de la petite mamie sur le passage piéton. Il y a quelque chose qui est beaucoup plus réfléchi, qui s'inscrit vraiment dans une démarche de santé. Et le rôle de l'aide soignant, c'est un rôle d'accompagnant. Et je crois que sur ce rôle d'accompagnement, il y a une nouvelle appellation à créer, mais maintenant, en fait, que cette appellation « aide soignant » est entrée dans les mœurs, se fait partie du vocabulaire du monde de la santé, ce sera difficile à faire bouger. C'est comme si demain, on voulait changer le nom infirmier par autre chose. Dans l'esprit des gens, ce sera très compliqué à faire entrer, mais pour autant, il y a vraiment quelque chose à faire développer. Et pourquoi pas déjà demander aux aides soignants, qui sont même les principaux intéressés, ce qu'ils en pensent. Mais on a vu que ça va emporter pas mal de suffrages, parce que c'est quelque chose qui est non exprimé. Il n'y a pas un besoin très exprimé. Alors, ce qu'on parle avec ces aides soignants, ce n'est pas la première problématique de se dire « tiens, je vais me remettre bien son gêne, non ». Mais ça fait surtout partie des besoins non exprimés, qui sont aussi, une façon parmi tant d'autres, de valoriser, de lever l'attractivité sur ce métier.

Domitille Roux 37:09
Oui d'avoir une reconnaissance parce que en t'endentant que je me dis si l'aide est un soin alors le soin c'est quoi justement si tu mets les deux les deux mots côte à côte aide soignant si l'aide est déjà un soin est ce que est ce que du coup pourquoi pour toi le soin c'est un geste technique ou au contraire est ce que c'est aussi l'aide c'est quoi la différence pour toi ?

Alexis Bataille-Hembert 37:28
En tant qu'aide-soignant, sur le plan technique, il n'y a pas grand-chose, je pense qu'on va même me jeter des cailloux si on entend ça, mais c'est vrai que sur le plan technique, il n'y a pas énormément de choses et le gros de l'activité AS, ce n'est pas seulement de faire une toilette et d'habiller une personne, c'est aussi de mobiliser des outils relationnels. Et ça, c'est vachement compliqué. Il s'agit de dire la bonne chose au bon moment, de trouver les mots, parfois pas les mots, mais savoir écouter, c'est pareil, c'est quand même une compétence qui est assez difficile à maîtriser, il faut savoir écouter, il faut savoir aussi synthétiser ce que les patients nous racontent, il faut aussi savoir mobiliser une forme de compétence diplomatie, parce qu'il s'agit de faire le tampon avec le médecin, avec l'infirmière, avec le kiné, avec l'ASH, vraiment être au centre de tout et avoir cette vision transversale de l'approche soignante qui va de la prise en charge clinique jusqu'à la prise en charge sociale, voire même un peu plus au-delà, parce que quand on a une soignante domicile, par exemple chez moi, dans le nord de la France, on ne se limite pas seulement à venir faire la toilette à Mme. Geneviève qui a 70 ans, qui habite dans un logement social, on regarde ce qu'il y a autour, on regarde l'état de son appartement, on se renseigne de savoir si elle a des auxiliaires de vie, on regarde ce qu'elle a dans son frigo, on regarde la façon dont elle est habillée et tout ça c'est une compétence en elle-même qui n'est pas de la technique, mais qui est, je pense, le cœur de métier de l'ASH, parce qu'une toilette, d'ailleurs quand vous êtes en formation AS, et souvent on entend bruisser dans les couloirs cette phrase qui dit, si tu sais te laver, tu sais laver quelqu'un. Donc ça prouve bien qu'a priori, la technique, elle est bien présente, mais elle n'est pas fondamentale, puisqu'on considère que tout le monde peut le faire, même si ça je ne crois pas non plus, mais il faut vraiment valoriser ce côté non-technique, qui sont parfois même des compétences douces de l'ASH, mais qui sont son cœur de métier davantage que la toilette ou l'accompagnement, la collaboration que l'infirmier. Dans d'autres services en réanimation, on continue là, on est vraiment sur de la technique, mais c'est de la technique en collaboration, c'est vraiment différent.

Domitille Roux 39:48
Et toutes ces compétences interpersonnelles, quand tu dis quand on sait se laver, on sait laver quelqu'un, tu rentres quand même dans l'intimité, dans la dignité de la personne, donc tout ça, ça prend ou ? En fait, parce que...

Alexis Bataille-Hembert 39:59
Comme je le dis, c'est vrai que toutes ces compétences douces, moi j'ai une capacité, je ne sais pas si c'est une qualité, mais de pouvoir mettre nu une personne assez rapidement. En toute confiance, beaucoup de personnes, ce sont deshabillées devant moi sans que je demande quoi que ce soit. Et ça en soi, c'est quand même une compétence. C'est à dire que dès en quelques minutes, j'arrive à créer un lien de confiance suffisant pour que les personnes acceptent le leur gré ou rarement de force quand même, mais avec plus ou moins de facilité de se déshabiller et de se montrer à moi dans leur intégralité dans ce qui est de plus intime, et d'accepter aussi que je touche, parce qu'il y a du contact. Si j'ai pas un moment de mettre les gens nu sous la douche, il faut aussi parfois les toucher, leur toucher le dos, leur toucher des parties intimes. Et ça c'est à mon sens vraiment ma compétence d'aide soignant. Quel moment, de quelle façon, et ça vraiment doit faire l'objet de réflexion, parce que comment on peut créer en si peu de temps un lien de confiance suffisant pour que les gens acceptent de se mettre tout nu. Alors que dans ma vie quotidienne, ça n'arrive pas. Quand je me promène, rarement les gens se mettent nu quand je discute avec eux deux minutes. Donc ça veut dire que vraiment dans le cadre professionnel, même si je pense qu'il y a une forme de contrat moral, lorsqu'on vient à l'hôpital, on accepte aussi ce que les soignants peuvent nous dire, mais moi personnellement, même si vois un aide-soignant, je n'ai pas franchement envie de me mettre nu tout de suite comme ça. Donc un moment donné, il faut mettre en place des outils, peut-être de façon inconsciente, même très certainement de façon inconsciente, mais qui sont la vraie compétence de l'aide soignant.

Domitille Roux 41:28
Et dans tes ouvrages de guide de survie des aides-soignants, est-ce que ça c'est des compétences douces de aides-soignants? Est-ce que c'est des choses dont t'as parlé ? Ou est-ce que t'as uniquement évoqué les aspects très pratico- pratique de ce métier ?

Alexis Bataille-Hembert 41:43
Non, parce qu'en fait, lorsqu'on a proposé le guide de survie, lorsqu'on a évoqué la trame générale de l'ouvrage, moi ce que j'ai fait remonter immédiatement, c'était qu'il fallait parler concrètement en aide-soignant et aborder les questions les plus intimes directement, sans tabou. Il fallait parler de la toilette, il fallait parler de la nudité, il fallait parler des odeurs corporelles. Et grâce à mon témoignage, modestement, parce que moi c'est ma vision des choses, mais lorsqu'on en parle avec d'autres aides-soignants, c'est encore une autre appréciation. En tout cas, grâce à mon témoignage, imaginez qu'effectivement, il y a des odeurs, oui, la nudité, oui, ce sont des corps abîmés par la vieillesse, par la maladie, mais les compétences interpersonnelles douces qu'on peut mobiliser au travers de cela, voilà comment on peut les mobiliser, comment on peut les entretenir, comment on peut les faire grandir. Et à mon sens, c'est vraiment un travail qui, franchement, pas individuel, ça se fait vraiment au sein d'une équipe, d'un collectif, ou même moi, lorsque parfois j'étais fatigué que j'en avais un peu ras le bol, ça fait du bien de parler, d'avoir des collègues, de pouvoir prendre un petit peu appui sur les uns et les autres, et d'avoir des ressources ici dans un service, parce que la qualité du vieux travail, elle est importante certes, mais la vie du groupe, la vie du collectif, elle est essentielle.

Domitille Roux 43:07
On arrive déjà presque à la fin de cet épisode, il y a encore deux questions qu'on pose à tous les invités de ce podcast, les transformateurs que tu connais déjà, c'est « Quelle est ta devise ? »

Alexis Bataille-Hembert 43:19
J'ai une devise, mais c'est une devise inversée, donc je dis toujours que "quand on veut, on peut" j'y crois pas, je me dis toujours que quand on peut, on veut. C'est un petit peu liant de tout ce podcast parce que j'avais envie, mais j'ai pas toujours pu. Par contre dès qu'on m'a donné la capacité de, j'en voulais un peu plus forcément. Donc quand on m'a donné de la confiance, j'ai voulu produire. Quand on m'a donné du temps, j'ai consacré aussi ma fibre artistique à d'autres choses. Quand pour Manuel, je lui ai donné ma plume, forcément il a voulu écrire. Je pense que c'est ça en fait toute notre vie, elle est plutôt orientée sur comment notre environnement, il peut être capacitant. Comment dans une organisation de travail, dans ta vie quotidienne, dans ta famille, comment tu peux grandir, mais comment on peut te donner les moyens pour vouloir, s'il s'agit pas que de vouloir. D'où je viens, je viens d'un milieu très ouvrier, même si j'avais envie de faire de grandes études, mes parents derrière n'avaient pas l'argent pour me payer les études. Donc c'est bien beau de vouloir pour pouvoir. On arrive assez vite à un mur alors que quand on peut, c'est-à-dire quand on a des moyens, pas toujours des moyens financiers, comme je le disais tout à l'heure, forcément on veut.

Domitille Roux 44:44
La confiance, ça peut faire déplacer des montagnes. Je pense que beaucoup de soignants attendent justement qu'on leur donne cette confiance, ou beaucoup de soignants ou de futurs transformateurs attendent qu'une chose est d'avoir cette confiance-là pour pouvoir se lancer dans plein de projets. Et la dernière question qu'on pose toujours, c'est qui voudrais-tu qu'on invite dans ce podcast, à ta suite ?

Alexis Bataille-Hembert 45:05
Alors parce que j'ai discuté avec lui ce matin, j'aimerais bien inviter Jean-Luc Stanislas.

Domitille Roux 45:10
Tiens donc, vous vous connaissez !

Alexis Bataille-Hembert 45:14
Percevez qu'il y a plein de choses à dire, notamment sur quelque chose qui me touche beaucoup, c'est le management bienveillant. Le management bienveillant, c'est quand même quelque chose d'essentiel, on le voit que c'est une aspiration qui est assez importante pour les professionnels de santé, parce qu'on parle souvent d'attractivité, c'est un petit peu la thématique à la mode quand on parle des soignants. L'attractivité n'est pas seulement que financière, elle est aussi auprès de la qualité du vieux travail et la qualité du vieux travail, elle passe par ce que tu croises au quotidien, c'est-à-dire ton management, parce que l'hôpital a quand même un management très resserré, assez important, et s'il n'est pas bienveillant, très rapidement dans ce monde qui est censé assez être humain, on se retrouve face à un mur et les professionnels de santé perdent tout à fait leur engagement et leur solidité à travers l'exercice de leur profession.

Domitille Roux 46:03
D'accord, on le contactera, je pense qu'on doit avoir un contact avec lui quelque part pour lui proposer un épisode. Merci beaucoup d'avoir accepté cette invitation, j'ai adoré cet épisode parce que je trouve que ça a couvert plein de sujets vraiment variés. Et tu es le premier aide-soignant d'ailleurs qu'on invite dans ce podcast, donc ça nous a fait découvrir un volet du soin dont on n'avait pas encore beaucoup parlé dans ce podcast et que je trouve très important. Merci beaucoup Alexis. Merci d'avoir écouté cet épisode. Peut-être qu'il a raisonné avec vos convictions ou vous a donné des ailes pour concrétiser vos idées. En tout cas, vous n'êtes pas seul. Nous sommes des centaines à vouloir transformer notre système de santé et nous avons créé un espace en ligne pour échanger et pour nous entraîner. Pour nous rejoindre, rendez-vous sur notre site lowpital rubrique communauté. Et pour nous aider à faire connaître le podcast, parlez-en autour de vous, mettez-nous cinq étoiles et abonnez-vous sur les plateformes de votre choix. Ça nous aiderait énormément. Merci et à bientôt pour le prochain épisode.