Dominique JakovenkoInfirmier en EquiLIBRES !

Formé très tôt au contact des patients, Alexis Bataille-Hembert commence comme aide-soignant avant de rejoindre le Service de santé des armées. En mission Tamarin en Guinée, au cœur de la lutte contre Ebola, il improvise un espace familles sécurisé, convaincu que l’éthique et le soin exigent parfois de sortir du cadre.
De retour en France, il exerce dans des hôpitaux militaires, des trauma centers ouverts aux civils, où l’adaptation opérationnelle est la norme. Mobilisé en réanimation pendant le Covid, il reprend ensuite des études pour devenir infirmier, acceptant avec humilité de “réapprendre un nouveau métier” malgré des années d’expérience.

Alexis défend la reconnaissance des compétences invisibles des aides-soignants : créer la confiance en quelques minutes, préserver la dignité dans les gestes intimes, savoir toucher et parler avec justesse. Pour lui, l’aide est un soin, et le métier mérite d’être valorisé bien au-delà des actes techniques.

Il milite aussi pour élargir leur rôle en santé publique, notamment en prévention et en éducation au plus près des patients. Auteur de plusieurs ouvrages — dont Vous avez mal où ? et Le guide de survie de l’aide-soignant — il voit dans l’écriture un outil d’autonomisation et de transmission, capable de donner envie d’agir et de montrer que chacun peut “faire sa part”.

Un témoignage franc et inspirant qui met en lumière les défis et l’importance stratégique du métier d’aide-soignant, maillon indispensable de notre système de santé.

Photo de Paris
https://spotifycreators-web.app.link/e/h3ieEYw6QUb

Transcription de l'épisode
Aude Nyadanu 00:00Bienvenue chez les Transformateurs. Ici, vous entendez leurs voix et comprenez leurs choix.
Inspirez-vous de celles et ceux qui dépensent leur énergie et qui potentialisent celles des autres dans des projets transformants pour notre système de santé. Je suis Aude Nyadanu, la fondatrice de Lowpital et aujourd’hui, je reçois Dominique Jakovenko. Vous aviez découvert Soignons humains avec Guillaume Alsac la semaine dernière. Dominique est infirmier libéral et a justement appliqué le modèle de Buurtzorg à sa propre pratique et a également participé à l’étendre à toute la région Occitanie.
Dominique Jakovenko 00:42Moi, je suis né dans la Creuse, en plein centre de la France. Pendant mes études, quand j’avais 18 ans, grâce à ma maman qui n’était pas infirmière comme toi, mais aide-soignante, j’ai travaillé dans une maison de retraite pendant 4 ans. Donc je pense que c’est là que j’ai chopé le virus du prendre soin. Et puis, dans la Creuse, ça ressemble un peu à la Lozère, qui est plus près de chez moi maintenant.
Il n’y a pas beaucoup de boulot, il n’y avait pas beaucoup de… il y avait le basket le samedi, voilà, donc je suis un supporter du CSP Limoges. Et en fait, quand j’ai fini mes études, j’ai passé un bac électrotechnique, donc voyez, c’est le chemin tout tracé pour être infirmier. J’ai fait une année d’IUT à Montluçon en génie électrique, donc je ne devais pas avoir le génie de l’électricité, mais c’est… Et donc, on m’a proposé… la sœur, le frère de mon beau-frère m’a proposé de rentrer à l’AP-HP en me disant : écoute, tu commenceras tout bas, mais il y a possibilité d’évoluer. Puis maintenant que tu as travaillé pendant 4 étés en maison de retraite, ça peut être sympa pour toi. Et puis, si tu as les démons de l’électricité, tu peux intégrer le service du bâtiment ou si tu as toujours la fibre santé, tu peux rentrer chez les soignants. Donc je suis monté à Paris, j’ai quitté les copains, le foot, tout le monde me disait : qu’est-ce que tu vas faire là-bas ? Et alors, c’est super sympa de passer juste après Thomas parce que tu vas comprendre pourquoi. Quand je suis rentré là-bas, je suis rentré au plus bas du plus bas, je crois que c’est une qualification qui n’existe plus maintenant, c’est pas mal d’ailleurs, c’est une évolution. En fait, tu rentrais comme homme et femme de ménage, c’est-à-dire que c’était un peu les ASH, sauf que tu n’avais pas droit aux primes et qu’au niveau cotisation pour la retraite, ce qui était de toute façon bien loin devant nous, tu n’avais pas droit à la totalité non plus. Donc je suis rentré comme ça, j’ai fait les poubelles, le linge dans l’hôpital de Garches, l’hôpital des handicapés, des grands handicapés de la route. Après, j’ai travaillé la nuit à la barrière et un jour, j’ai eu la titularisation, donc je suis devenu ASH et donc je suis passé dans les services. Et en fait, c’est là aussi qu’un peu plus tard, on comprendra pourquoi le prendre soin, Soignons humains, c’est un peu lié, c’est qu’à chaque fois que j’ai monté un échelon, j’ai trouvé des gens super sympas qui m’ont guidé, qui étaient une fonction au-dessus, mais qui m’ont fait participer à avoir envie d’aller plus haut. Donc quand j’étais ASH, j’ai familiarisé avec des aides-soignants qui m’ont appris un peu le boulot d’aide-soignant, donc j’ai fait les cours d’aide-soignant. Quand je suis devenu aide-soignant, je travaillais en Réa avec des infirmiers et des réanimateurs super qui m’ont fait faire des choses qui étaient déjà du glissement de tâches. À l’époque, on n’en parlait pas comme ça, mais c’était un peu ça.
Dominique Jakovenko 03:54Donc j’ai décidé de devenir infirmier. Et puis après, j’ai bossé en Réa pendant quatre ans sur Paris à Béclère, à Ambroise-Paré, à Boulogne. Ma femme, je l’avais rencontrée à l’école d’infirmiers dans la même promo que moi. Pendant trois ans, on a vécu chacun de notre côté et puis trois mois avant la fin de notre scolarité, on avait monté une association d’élèves infirmiers, d’étudiants en soins infirmiers, et on faisait des soirées, et avec les bénéfices, on a organisé un stage de 15 jours en Angleterre. On est partis à une petite dizaine, 15 jours en Angleterre, dans un petit hôpital, découvrir le système de santé anglais. Avec ma femme, on s’est connus là, et après, l’histoire a pris un autre versant, un autre tour. Et puis au bout de quatre ans de DE sur Paris, on a eu un enfant. On était dans la région privilégiée, Ville-d’Avray, Marnes-la-Coquette, Garches, mais avec les inconvénients qui vont avec au niveau logement, tout, et on a décidé de partir au grand large. Donc on est descendus à Alès, dans le Gard, et donc en me disant que je ferais des remplacements en clinique et en hôpital. Qu’à Paris, tout le monde faisait une heure de transport et que ce n’était pas si problématique que ça. On n’a pas trouvé facilement des postes, on a trouvé, on a travaillé dans la même clinique à Nîmes, à 35 km de chez nous. Mais quand t’as fait tes 12 heures et tu dois faire 35 km, on s’est fait quelques fois peur en rentrant en voiture. Et bon, les conditions déjà commençaient à poser problème. C’était en 97. Et en fait, une de nos copines de promo qui était de Montpellier me dit : ma sœur est infirmière libérale à côté de Montpellier, j’ai demandé à faire une tournée avec elle, une journée. Et là, ça a été le pied, la grande révélation. J’ai dit, bon, je dis à ma femme : tu fais ce que tu veux et moi j’arrête d’être salarié, je fais du libéral. C’était en janvier 98. En février 98, je m’installais et depuis, je suis très content.
Voilà, donc je suis infirmier libéral depuis ce moment-là.
Aude Nyadanu 06:13Alors, qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là ? Qu’est-ce qui t’a autant plu dans le métier d’infirmier libéral ?
Dominique Jakovenko 06:19En fait, c’est une infirmière qui n’avait pas beaucoup de soins techniques, mais qui avait des personnes, la plupart étaient âgées. Donc quelques diabétiques avec un petit rôle de conseil et surtout des personnes âgées avec une relation humaine, une écoute, un parler qui était super. Et je me suis dit : putain, mais on ne va pas se prendre la tête, c’est ce que j’ai envie de faire, de développer avec ma personnalité à moi. Donc j’ai dit : voilà, j’arrête l’hôpital, la clinique, les équipes, les ordres, les papiers qui commençaient déjà à être importants dans la vie d’une infirmière, plus que le soin.
Et j’ai dit : je fais du libéral. Et bon, après, petit à petit, j’ai remplacé pas mal d’infirmiers au début, comme souvent on commence par faire des remplacements, avec des choses que je désapprouvais complètement, que je n’ai pas continuées, et puis des remplacements où j’ai beaucoup appris. Et après, j’ai travaillé pendant six ou sept ans avec la même personne, après j’ai pris mon envol. Il y a eu des petits problèmes, cette personne a arrêté le libéral, j’ai pris la suite, avec après la possibilité de moi-même accepter les nouveaux patients, de mettre en route des nouvelles façons de prendre en charge. Et puis en faisant la consultation infirmière, après éducation thérapeutique, donc là c’était lancé, j’avais ma vision du prendre soin. Pourquoi je suis à domicile auprès des personnes qui étaient là, peut-être souvent âgées, mais pas que, en prenant tous les soins : soin technique, soin relationnel, prise de sang, glycémie, perfusion, pansement, soin d’hygiène, soin psychologique, parce que déjà ça commençait. Et j’ai rencontré une collègue qui est toujours avec moi, qui a vingt ans de moins que moi, mais voilà, on était le double parfait. Et puis, dernièrement, on était à deux titulaires, une remplaçante, parce qu’on est aussi tuteurs de stage. Et notre remplaçante nous dit : je cherche à m’installer, tu ne connais pas quelqu’un qui pourrait avoir une place pour moi ? Comme je suis président de l’association des infirmiers libéraux du bassin alésien, bon, je connais beaucoup de monde. Et je lui dis : on cherche quelqu’un. Et comme elle était déjà venue avec nous, à l’époque où je faisais les formations d’éducation thérapeutique, et qu’elle avait goûté aux séances d’éducation en dehors des tournées et tout, ça s’est fait naturellement. C’est arrivé en plus au moment où on était en train d’intégrer ÉquiLIBRES. Et quand je lui en ai parlé, elle dit : mais moi, ça me va tout de suite, ça me va tout à fait. Donc on est passés de deux infirmiers à une remplaçante, à trois collaborateurs. Maintenant, on étudie la chose pour passer à quatre depuis qu’on est dans ÉquiLIBRES, et puis on est hyper heureux dans notre fonctionnement. Donc voilà le parcours.
Aude Nyadanu 09:38Merci. Alors, avant que l’on parle d’ÉquiLIBRES — évidemment, on va en parler — est-ce que tu pourrais me dire dans ta journée d’infirmier quel est le moment que tu préfères, ou nous raconter un ou deux moments qui t’ont marqué, qui t’ont apporté beaucoup de satisfaction, qui te plaisent plus particulièrement dans ton métier ?
Dominique Jakovenko 09:54Ah, les moments marquants, c’est juste quand tu fais ton soin et que tu prêtes de l’attention à l’autre, quand les patients esquissent un beau sourire. Et puis quand on entend régulièrement : une chance qu’on vous a. Donc là, tu te dis que voilà, c’est gagné, t’as fait ce qu’il fallait. Voilà.
Et après, il y a un autre moment, c’est quand on fait une petite sieste. On a adopté le rythme méditerranéen. On a des tournées quand même très chargées, avec 13 heures minimum de soins. Donc c’est vrai que dès qu’on peut, une petite sieste, quand il fait soleil, les cigales, c’est agréable, voilà. Et le troisième moment, c’est après les tournées, quand on est un peu rincés, quand on est satisfaits du devoir accompli. Ma femme, qui est aussi infirmière libérale, infirmière clinicienne, qui a attaqué infirmière de pratique avancée, on partage énormément, on a fait beaucoup de projets ensemble, donc on discute beaucoup. Et c’est toujours agréable le soir d’échanger sur nos différentes expériences de la journée.
Aude Nyadanu 11:06Est-ce que parmi tes patients, il y en a un ou une qui t’aurait beaucoup marqué et dont tu aurais envie de nous parler ?
Dominique Jakovenko 11:12Alors, il y en a beaucoup. La facilité, ça serait de prendre les derniers. Il y en a un qui est assez original, qui est un peu une fierté et qui montre bien aussi toute la dimension relationnelle et psychologique. On a une personne qui est d’origine maghrébine, donc de l’autre côté de la Méditerranée, qui rencontre un infirmier franchouillard de la Creuse, c’est quand même pas banal. Et je suis en étroit, deux infirmières et un infirmier. Et il y a un petit peu plus d’un an, juste en montrant à la personne que je l’écoutais, que j’étais réceptif à ce qu’elle pouvait exprimer.
Cette personne s’est livrée sur toutes les problématiques du manque de relations amoureuses, sexuelles. Et pour moi, c’était quand même quelque chose. Tu vois, quand tu te dis : qu’est-ce qui fait que tu rentres chez toi tranquille ou heureux ? C’est quand t’as des choses comme ça et qu’il y a une telle confiance entre les deux personnes, qu’on arrive à percevoir que la personne a besoin d’en parler. Donc c’est pas le moment de dire : je ferme la porte, je m’en vais, je n’ai pas le temps, je reviendrai demain. Mais d’accorder un peu de temps, d’entamer la discussion et en restant tout à fait à distance soignante, mais à distance humaine rapprochée, pour permettre à cette personne d’exprimer tout ce qu’elle a en elle, qui bouillonne et malheureusement l’empêche de vivre normalement depuis, on va dire, une vingtaine ou une trentaine d’années.
Aude Nyadanu 12:57Je crois que ça fait un peu écho à ce que tu as dit au début de cet épisode, où tu as dit que tu as attrapé le virus du prendre soin. Ouais.
Le prendre soin, c’est quoi ? C’est quoi ta vision du soin ?
Dominique Jakovenko 13:06Le prendre soin, c’est déjà d’écouter une personne, de la connaître, de se présenter, de chercher à la connaître, elle. On arrive avec une indication, avec une ordonnance, donc on est dans le cure, et on a un acte à réaliser. Mais moi, le prendre soin, c’est le care, et savoir qui est cette personne, qu’est-ce qu’elle a réellement, mais surtout qu’est-ce qu’elle a besoin. Et après, le prendre soin, c’est d’arriver à panacher ça. On est dans le cure, on est infirmiers, on a des gestes à réaliser, mais aussi on est dans le care et on écoute et on essaye d’amener autre chose.
Et je dirais que ça, n’importe quel infirmier libéral peut le faire. Mais ce que nous permet ÉquiLIBRES, c’est d’être pleinement là-dedans. Et je pourrais vous raconter, avec les 126 autres qui sont embarqués dans la navette, des tonnes d’exemples. Mais le prendre soin, c’est ça : c’est juste montrer qu’on est des humains. Quand tu es à l’Humain d’abord, on est d’abord des humains. Écouter, entendre, l’effet miroir, c’est relater à l’autre : oui, effectivement, on a bien entendu ce qu’il nous dit. Et puis après, trouver la petite étincelle qui fait que… Alors, il y en a des milliers, mais juste des petites initiatives qui montrent vraiment à la personne que ça a matché. Tu vois, pas plus tard, il n’y a pas tellement longtemps, ça fait moins d’un mois. Grâce à ÉquiLIBRES, on a pris en charge une dame qui avait mon âge, qui nous a quittés la semaine dernière. Et on lui a permis de vivre trois semaines chez elle, en permission comme on dit, avec son mari qui a fait tout ce qu’il pouvait pour elle. Et comme on est dans l’ÉquiLIBRES, et qu’il y en a un qui peut faire la tournée et que l’autre peut venir faire d’autres soins, je lui ai dit : écoutez, si vous voulez, demain, je passe à 10 heures. Quel que soit le temps qu’on met, on va essayer depuis trois mois de vous donner votre première douche et de faire votre premier shampooing. Et on n’a pas pu faire la douche, parce que physiquement ce n’était pas possible, mais on a fait le soin d’hygiène, le premier shampooing. La personne a eu la force de se peigner toute seule et d’être hyper contente avec un sourire. Alors, j’ai dit : vous inquiétez pas, ça c’est ÉquiLIBRES. Elle me répond : on a de la chance d’être ÉquiLIBRES. Et en raccompagnant son mari, parce que j’ai bien vu qu’il y avait aussi une expression chez le mari de choses qui étaient compliquées, je lui ai dit : Olivier, il y a les soins palliatifs et il n’y a pas que le mot soins palliatifs, il y a tout ce qui va autour. Tu donnes beaucoup, il faut que tu penses un peu à toi, je t’en parle juste comme ça, dès que tu as besoin, n’hésite pas à me contacter. Et il y a quinze jours, on était en formation chez Soignons humains et je reçois un message à 19 h : ta proposition pour les soins palliatifs, est-ce que tu peux me rappeler, je suis prêt. Et le soir, on a discuté une demi-heure, je l’ai écouté, j’ai entendu ce qu’il me disait. Et une fois qu’on a raccroché, j’ai appelé le médecin des soins palliatifs, je lui ai demandé qu’il fasse passer le psychologue, mais que déjà le psychologue l’appelle le lendemain matin.
Dominique Jakovenko 16:45Et voilà, ça s’est mis en route et malheureusement, ça s’est terminé la semaine dernière. Mais rien que ça, ça a permis à cette personne d’affronter les derniers moments d’une vie. On a des moments positifs, on a des moments plus graves, plus tristes, mais voilà. Le prendre soin, c’est de détecter la petite chose où il faut juste mettre une petite graine. Et en général, les gens savent la récupérer et la renvoyer quand il faut.
Aude Nyadanu 17:16Merci, c’est très touchant de t’entendre parler ainsi de ton métier, de tes patients et de ta passion en fait, je crois aussi. Bon, t’as énormément parlé d’ÉquiLIBRES et alors là, je pense que le suspense est insoutenable, il faut que tu nous expliques ce que c’est. C’est quoi, ÉquiLIBRES ?
Dominique Jakovenko 17:32En fait, ÉquiLIBRES, ce qui est assez marrant aussi, c’est comment on en arrive là, comme quoi, quand on dit qu’il n’y a pas de moments anodins et qui viennent de nulle part. En 2017, vu que j’étais déjà dans des expérimentations, je fais partie de l’ANFIIDE, une grande association d’infirmiers. Je participe à des formations, à des congrès. J’étais au Congrès international des infirmières à Barcelone. Donc 3 500 à 5 000 infirmiers qui viennent de partout au monde. Et un jour, il y a une conférence plénière donc devant 3 500 infirmières. Et à la tribune monte un infirmier hollandais qui a été invité pour présenter ce qu’il était en train de faire en Hollande. Donc on a écouté et on s’est dit : ça, c’est pas mal. On est repartis de Barcelone, on est revenus en France. On s’est aperçu aussi qu’en Espagne les infirmiers étaient hyper fiers et heureux de l’Ordre infirmier espagnol. Et en fait, quand tu vas dans un salon comme ça en Espagne, tu n’as pas un infirmier qui ne passe pas au stand du salon infirmier espagnol. Donc c’est à méditer par rapport à ce qui se passe en France.
Et puis un jour, je revenais en voiture de Cannes du conseil d’administration de l’ANFIIDE. Et dans la voiture, j’ai un coup de fil, une copine de Nîmes qui est infirmière en pratique avancée gérontologie, qui me dit : est-ce que tu connais Pascal Lambert ? Alors je dis : bah je connais de nom et je l’ai croisé, je crois que c’est en 2018 à Lausanne, au Congrès des infirmiers et infirmières cliniciens européens. Et je dis : ouais, je vois qui c’est mais je ne le connais pas particulièrement. Elle me dit : voilà, il m’a demandé de te contacter. Il a un projet innovant. Toi qui es toujours dans les trucs qui sortent un peu de l’ordinaire, comme on a déjà eu une expérimentation avec le ministère et la CNAM et des projets financés par l’ARS. Il aimerait te parler de quelque chose qui pourrait t’intéresser. Je dis : bah c’est bien, tu me dis ça, tu me mets l’eau à la bouche, j’aimerais en savoir un peu plus. Et donc Pascal Lambert m’appelle et me dit : on fait partie d’une association qui a déposé un article 51 et qui voudrait innover dans la prise en charge dans le système de santé et en s’appuyant sur toutes les compétences infirmières. Est-ce que ça pourrait t’intéresser ? Alors je dis : dit comme ça, oui !
Aude Nyadanu 20:24J’interromps pour savoir ce que c’est l’article 51.
Dominique Jakovenko 20:27L’article 51, c’est dans la loi de santé Ma Santé 2022. Ils ont créé des articles 51 qui sont des articles pour innover dans l’organisation de la santé. Donc n’importe qui pouvait postuler, que ce soit des associations, des syndicats, des groupements hospitaliers, et demander à porter un article 51 qui soit quelque chose d’innovant et qui touche soit au numérique, soit à l’organisation du système de santé.
Aude Nyadanu 21:04Merci pour nos auditeurs et auditrices, ça peut être important. Donc ça va être des financements qui sont accordés pour faire des expérimentations où on va travailler différemment.
Et il y a un épisode avec Clémence Mimpin qui vous permettra de mieux comprendre ce que c’est qu’un article 51. Pardon pour l’interruption Dominique, donc tu peux reprendre : tu disais qu’on t’a proposé un article 51. Alors ensuite, qu’est-ce qui s’est passé ?
Dominique Jakovenko 21:26Après, je vais dire, parce que tu es en train de me dire, ça me fait saliver, mais bon, j’aimerais bien savoir de quoi il retourne. Donc si vous avez déjà été en contact avec le ministère, est-ce que tu peux m’envoyer un peu la trame de vos travaux ? Et après, je te dirai ce que j’en pense.
Donc il m’a envoyé un document, la première présentation qui avait été faite au ministère. Je l’ai lu, j’ai dit : c’est pas vrai, c’est le Père Noël qui nous envoie quelque chose. Donc je fais lire à ma femme, comme je vous l’ai dit, avec qui on partage beaucoup de choses, et on a le même feeling. Ma femme me dit : ouais, ça a l’air d’être super. Et j’ai un copain sur Alès, qui est ingénieur en santé publique. Je lui ai dit : Thierry, je sais que t’es surbooké, je te donne un dossier, je te donne trois jours pour me dire ce que t’en penses. Je te dis rien, dis-moi vraiment ce que tu ressens. Et au bout de trois jours, Thierry me rappelle, me dit : écoute, Domi, moi je suis à ta place, je signe tout de suite. Renseigne-toi juste s’il n’y a pas des limites, des bornages qui font que tu ne peux pas faire tout ce que t’as envie de faire ou tout ce que tu voudrais faire. Mais il me dit : si c’est comme ça, moi je signe tout de suite. Donc moi, j’ai rappelé Pascal, je dis : écoute, moi ça me botte vraiment. En plus, ça arrivait à une période où, dans l’activité libérale conventionnelle, beaucoup d’infirmiers sont mécontents de ne pas pouvoir exprimer leurs compétences et pratiquer leur art infirmier comme ils le voudraient. Donc voilà, et on a rencontré Guillaume Alsac, on a organisé une rencontre à Nîmes puis à Montpellier pour voir si le Père Noël était aussi généreux que ce qu’on avait pu lire. Et en fait, on a tous eu la même réflexion. Donc moi, comme j’ai un réseau de gens qui ont les mêmes formations que moi, qui pensent le soin de la même façon, on s’est tous dit : c’est le Père Noël, mais c’est trop beau. Donc on a rencontré Pascal et Guillaume, et ça nous a confortés : ce projet était vraiment super et on allait pouvoir prendre soin, soigner les gens comme on en avait envie avec toutes nos compétences. Et c’était surtout, en plus, à l’époque où, dans l’activité conventionnelle, était en train de se mettre en route le BSI, des forfaits décidés par un algorithme où nous, on ne s’y retrouvait pas du tout et on n’avait qu’une hantise, c’était de rentrer là-dedans. Donc voilà, on s’est engagés dans Soignons… Enfin, au départ, l’Occitanie n’était pas dans l’article 51 qui était pour Île-de-France et Hauts-de-France. Et quand j’ai commencé à en parler autour de moi, j’ai plein d’infirmiers qui m’ont dit : mais moi je veux en être, si c’est comme ça, je vais en faire partie. Donc on a demandé à Pascal, à Guillaume et à son équipe de demander à rajouter l’Occitanie au niveau du ministère. Ça a été fait, on a été rajoutés. Et le comble, c’est qu’on a été obligés de freiner les entrées parce qu’on était trop d’infirmiers d’Occitanie par rapport à Île-de-France et Hauts-de-France.
Dominique Jakovenko 24:31Donc il fallait quand même laisser de la place à tout le monde. Donc on a des gens qui sont sur liste d’attente pour nous rejoindre. Et voilà, il y a 95 ou 97 % des personnes qui sont dans ÉquiLIBRES, des infirmiers, qui ne disent qu’une seule chose : faut que ça soit pérennisé. Il est hors de question qu’on revienne en arrière, parce qu’on est tellement heureux dans la façon de pratiquer, dans l’autonomie qu’on a de proposer. Et j’aurais des dizaines, des centaines d’exemples à vous donner.
Aude Nyadanu 25:01Ben justement, alors déjà, il faut que tu nous expliques un peu mieux ce que c’est qu’ÉquiLIBRES. Qu’est-ce que ça signifie quand on est dans ÉquiLIBRES, au jour le jour ? Qu’est-ce que ça change ?
Dominique Jakovenko 25:10En fait, en activité conventionnelle, quand t’es infirmier libéral, tu as des actes infirmiers qui sont codifiés. Et tu as le droit de faire ces actes-là, qui sont rémunérés chacun d’une valeur différente.
Et par exemple, par rapport aux compétences infirmières, tu as des actes qui ignorent certaines compétences infirmières. Donc dans ton activité de tous les jours, des fois, tu as des actes que tu fais, tu sais qu’ils ne sont pas répertoriés. Par exemple, mettre des collyres dans l’œil d’un patient, dans la nomenclature conventionnelle, ça n’existe pas. Ou enlever des bas de contention, ça n’est pas codifié.
Aude Nyadanu 25:51Pas codifié, ça veut dire pas rémunéré.
Dominique Jakovenko 25:53Pas d’acte, pas de rémunération pour ça. Donc après, tu essayes de trouver un acte qui va pouvoir te le permettre de le coder et de te faire rémunérer, sauf que tu peux rentrer en bisbille avec la caisse, qui va te dire que cet acte-là n’est pas fait pour ça et te demander des indus, de rembourser ce que tu as déjà fait. Donc tu rembourses toute la somme, c’est-à-dire que tu as quand même fait les soins, mais comme il n’était pas bien codifié… Il y a tout un tas de choses comme ça incohérentes. Et avec ÉquiLIBRES, la différence, c’est qu’en fait, on n’est plus rémunérés pour des actes, on est rémunérés pour le temps que l’on passe auprès du patient, pour le patient et pour l’aidant.
Parce que dans la nomenclature conventionnelle, il n’y a rien de prévu pour l’aidant. Si tu n’as pas une prescription pour faire un soin à l’aidant, tu n’as rien le droit de faire pour lui ou tu n’es pas rémunéré pour. Et dans ÉquiLIBRES, il n’y a qu’une rémunération qui est au temps passé avec un taux horaire. Et puis, suivant le temps que tu passes avec ton patient, tu es rémunéré. Mais toutes les compétences infirmières sont rémunérées au même taux. Mais tout est reconnu, tout ce que tu fais pour le patient, pour l’aidant, du moment que tu es avec l’aidant. Donc ça veut dire aussi que toute la coordination que tu peux faire, elle est rémunérée. Dans la convention, ça n’est pas rémunéré. Toutes ces choses-là font que tout ce que tu mets en œuvre pour le prendre soin, pour accompagner ton patient et puis pour innover, pour faire des petites choses qui peuvent paraître incongrues, mais qui apportent un tel réconfort aux patients, tout est rémunéré en fonction du temps que tu y passes.
Aude Nyadanu 27:37T’as des exemples un peu de petites innovations comme ça, des choses que tu trouves incongrues ?
Dominique Jakovenko 27:42Ouais, c’est incongru parce que, quand je vais vous dire ça, ça fait rigoler. Mais quand tu vois comment est heureux le patient et comment le patient s’y retrouve… Là, par exemple, tu vois, comme je savais que j’avais l’interview, je voulais faire un petit clin d’œil. Il y a deux copines et il y a une infirmière qui est avec nous, qui a une patiente qui a Alzheimer, donc qui vit Alzheimer avec des moments un peu de désorientation, d’agressivité, voilà. Et en fait, cette infirmière lui a proposé quelque chose dans les moments où elle était vraiment réceptive. Et en fait, elle s’est aperçue d’un changement total, c’était plus la même personne. Par exemple, elle a été acheter un mandala et une boîte de crayons de couleur. Et puis, dans la prise en soins, après avoir fait un soin d’hygiène, elle s’est assise à côté de la patiente, elle a mis un peu de musique et elle a proposé à la patiente de dessiner, de remplir un mandala. Et elle a fait ça trois, quatre fois en lui expliquant bien à chaque fois que ce cahier de mandalas, c’était le sien, qu’elle pouvait en faire quand elle avait envie. Et au bout de trois, quatre fois, elle s’est aperçue que le mandala, il y avait des pages qui avaient été remplies avec des dessins nickels, pas un débordement, des couleurs qui vont très bien les unes avec les autres. Et puis, quand tu arrives pour voir cette patiente et que la famille te dit : c’est quand même étrange, depuis que vous lui faites faire ces dessins, elle est beaucoup moins agressive, elle est beaucoup moins irritée, elle est beaucoup plus détendue.
Dans ÉquiLIBRES, tu peux passer du temps avec ton patient quand tu as repéré quelque chose qui va lui faire du bien. Alors, on n’est pas dans le cure, mais on est dans le care, qui vaut beaucoup plus cher. Et tu peux être à 90 ans avec une patiente Alzheimer et arriver à des choses comme ça. Ou alors tu fais jouer un espèce de basket, pour moi qui viens de Limoges, avec une personne, pareil, 90 ans, un peu désorientée, qui n’a plus d’activité physique, qui a des risques de chute. Et t’improvises un panier de basket, tu mets une petite pelote de laine ou une petite balle, et puis tu passes un peu de temps à faire de l’activité physique, à la faire s’échauffer, lui faire faire des mouvements et à la faire jouer au basket. Et puis tu as quelqu’un qui se prend au jeu, que tu valorises, que tu félicites, et qui, avec un grand sourire, te regarde. Et voilà, c’est des petites choses comme ça. Nous, par exemple, au début d’ÉquiLIBRES, aussi, qui est bien spécifié quand ça a été accepté, que c’est passé au Journal officiel, c’était l’autonomisation des patients. Parce que les patients, ils ont des compétences, ils connaissent leur corps, ils connaissent leur maladie. Et est-ce que les patients, ils ont toujours besoin d’un passage journalier d’un infirmier, alors qu’ils peuvent avoir besoin d’un passage pour de l’éducation, pour de la compréhension ?
Dominique Jakovenko 30:59Et en fait, on a un monsieur chez qui on passait tous les soirs pour une injection. Et voilà, on faisait notre injection et puis on repartait. Et puis depuis qu’on est dans ÉquiLIBRES, on s’est dit : quand même, ce monsieur, là, il y a des choses qu’il pourrait faire.
On a commencé à lui en parler, et on a commencé à lui faire voir comment faire l’injection, comment la réaliser, l’hygiéniser lui-même, lui faire réaliser l’injection. Et au lieu de passer tous les jours, on ne passe plus qu’une fois par semaine. Il prend plus de 30 médicaments par jour, et c’était nous qui préparions le semainier qu’on appelle journalier. Et petit à petit, avec des dessins pour les médicaments, avec des explications pour les médicaments, on lui a appris à faire lui-même ce semainier. Mais on passe une fois par semaine pour faire une surveillance clinique, voir comment il est, au niveau fréquence cardiaque, saturation en oxygène, tension artérielle, s’il n’a pas d’œdèmes des membres inférieurs. Et puis on regarde ce qu’il a fait. Et en fait, il arrive très bien à faire son semainier tout seul. Il fait ses injections. Et nous, en fait, en somme, on fait un peu du coaching, comme il y a des coachs avec Soignons humains. Mais on lui redonne le pouvoir de faire des choses et de prendre en main sa maladie. Et ça… Alors nous, en un an, on a 60 patients qu’on a autonomisés partiellement ou complètement. Et on a une grand-mère de 83 ans chez qui on passait tous les soirs pour une injection pour le diabète. Le jour où on lui a dit : on ne passe plus, c’est vous qui maintenant le ferez, mais on reste en contact, elle avait un sourire pas possible. Parce qu’en fait, c’était la première fois depuis très longtemps qu’on lui disait qu’elle était capable de faire quelque chose. Et la seule chose qu’elle nous a dite, c’est : ah ben je ne serai plus obligée de vous attendre pour pouvoir manger, je me fais ma piqûre et je mange à l’heure que je veux. Et on continue à la voir pour d’autres choses, mais pour ces choses-là, elle le fait très bien. Et voilà, c’est gratifiant. C’est des exemples comme ça, et on en a à l’appel, quoi.
Aude Nyadanu 33:12On t’entend sourire quand tu racontes ces anecdotes ?
Dominique Jakovenko 33:16Oui, parce qu’on s’éclate tellement. Tu vois, j’ai un autre truc et puis après j’arrêterai, parce que sinon ça va être trop long. Au mois de juillet l’année dernière, on a appris à un monsieur qui devait sortir de l’hôpital, qui était dans un état physique et médical quand même pas reluisant.
Et en fait, on avait du mal à lui trouver un infirmier pour le prendre en charge. Et donc, comme je connaissais son frère, il m’a demandé si on pouvait le prendre en charge. Et dans la nomenclature conventionnelle, ça aurait été impossible. Quand on l’a pris en charge, c’était quatre heures et demie de soins par jour. On passait quatre à cinq fois par jour avec un monsieur qui avait une trachéotomie pour l’aider à respirer, une sonde pour se nourrir, des escarres et sa femme qui s’occupait de lui. Et on a pris ce soin quatre heures et demie par jour en sachant qu’avec ÉquiLIBRES, il n’y avait pas de notion de temps, que du moment qu’on est en train de soigner les gens, de leur donner de l’attention et éventuellement de leur donner de l’autonomie, tout est possible. Donc assez rapidement, on a commencé à leur apprendre des choses, aussi bien à lui qu’à sa femme, pour gérer les situations, même les situations de stress. Elle, qui était aidante, était au travail 24 heures sur 24, le jour comme de nuit, avec un épuisement qui commençait à être visible. Et grâce à ÉquiLIBRES, j’ai rempli un dossier d’aide personnalisée que j’ai fait passer en urgence, parce que vu qu’on en avait déjà eu d’autres avant, on était repérés par les assistants sociaux et les gestionnaires de cas pour les personnes âgées complexes. Et en huit jours, on avait des heures d’accompagnement acceptées pour prendre soin de ce monsieur, pendant que sa femme pouvait sortir, aller chez le coiffeur, aller faire les courses, respirer un peu. Tout ça, s’il n’y avait pas ÉquiLIBRES, ce n’est pas possible.
Et aujourd’hui, on n’y va plus. On a autonomisé le couple. Il a toujours sa trachéotomie, donc il y a toujours un peu d’attention à faire. Ils gèrent ça tous les deux. Ils savent que quand ils ont besoin, ils nous appellent. Et actuellement, ils attendent juste la fin du Covid pour partir tout l’été dans leur mobile home en Lozère. Voilà, si tu leur demandes leur satisfaction, je ne sais pas ce qu’on peut dire, mais la seule chose qu’ils nous ont dite, c’est : dites-nous quand vous pouvez venir manger tous les trois avec nous avant qu’on parte au mobile home. Et là, tu as tout gagné.
Tu t’es occupé d’une personne. Tu as assuré tout ce qui était urgent. Tu as fait les soins pour lesquels tu étais invité. Et puis tu as fait tout à côté : le relationnel, le prendre soin, aider l’aidant, autonomiser l’aidant, autonomiser le patient. Ça n’a pas de prix. Là, c’est le pied, comme on dit.
Aude Nyadanu 36:17C’est hyper étonnant, finalement, de savoir qu’un infirmier à domicile peut aussi prendre soin de l’aidant. J’ai pas l’impression que ça soit le cas dans d’autres situations.
Est-ce que c’est vraiment spécifique à ÉquiLIBRES et à quel point c’est indispensable de le faire ?
Dominique Jakovenko 36:33Comme je te disais, dans la nomenclature conventionnelle, ça n’existe pas ou c’est très difficile, ou alors il faut avoir une prescription. Pour nous, dans ÉquiLIBRES, ça fait partie de la lettre de mission de l’article 51, c’est : « On est rémunéré, au temps passé avec le patient, pour le patient et pour l’aidant ». Donc ça ouvre la porte. On a un collègue sur Béziers qui a un DU de prise en charge de l’aidant. Et grâce à ÉquiLIBRES, on peut le faire. Il n’y a pas que le patient qui a des besoins, il y a l’aidant. Et souvent, l’aidant est méconnu, il est invisible, et jusqu’à l’épuisement. Et puis, quand il est épuisé, on se dit : comment ça se fait, qu’est-ce qu’il se passe, qu’est-ce qu’on pourrait faire ?
Et en fait, c’est une des devises — quand tu parlais de devise — qu’on a acceptées et qu’on a épousées avec plaisir : c’est « rendre visible l’invisible ». Et ÉquiLIBRES, c’est vraiment ça. Ou alors se rendre inutile. Quand on se rend inutile, on ne passe plus, même s’ils savent qu’ils peuvent nous appeler quand ils veulent. Quand on autonomise des patients, on ne les laisse jamais tomber du jour au lendemain. Ou on les appelle, ou ils nous appellent. Et en plus, ça les rassure, ça les sécurise, parce qu’ils savent qu’ils vont avoir l’appel pour savoir où ils en sont, de leur taux de diabète, de leur taux d’oxygène, voilà.
Et après, ils prennent de l’assurance. Et quand on a cette assurance qui nous saute aux yeux, on passe moins souvent, ou plus du tout, une fois de temps en temps. Et les aidants, dans ÉquiLIBRES, ils sont soulagés, ils sont pris en charge, ils sont pris en compte comme personnes. Et ils ne sont pas malades au niveau médical, mais ils sont quand même sous tension. Et souvent, les aidants sont même plus en position de burn-out que le malade, parce que c’est 24 h sur 24. Quand un patient trachéo est autonomisé, et qu’il sonne la cloche parce qu’il respire mal, et que tu te dis : il va peut-être boucher sa trachéo et ne plus pouvoir respirer… En fait, tu ne te reposes jamais vraiment. Entre autres, grâce à nous et à ÉquiLIBRES, on sécurise des situations, on détend des situations, et c’est formidable.
Aude Nyadanu 38:55Alors, de ce qu’on a bien compris, ÉquiLIBRES c’est une expérimentation. Donc ça veut dire qu’il y a une date de fin. Qu’est-ce qui va se passer ensuite ? Et surtout, qu’est-ce que toi, tu aimerais qu’il se passe et est-ce que tu penses que c’est possible, faisable, d’inscrire ça dans le long terme ?
Dominique Jakovenko 39:14Nous, notre but, c’est ça. Et puis franchement, ce que je disais d’ailleurs, une fois que tu as goûté à ça, tu n’imagines même pas pouvoir revenir à l’ancien système. D’ailleurs, il y a une évaluation qui est faite en cours, ce qui est normal, puisque l’expérimentation, elle est évaluée à mi-expérimentation et à la fin de l’expérimentation. Et quand on en discute entre nous, il y a énormément d’infirmiers qui sont dans ÉquiLIBRES qui ont dit à l’évaluation : si ça s’arrêtait demain et qu’on nous demandait de revenir en arrière, on ne serait plus infirmiers libéraux, parce que ça ne serait pas possible. On ne peut pas revenir en arrière en ayant fait ça.
Donc en fait, nous, notre but, c’est de démontrer tout ce qu’on fait, toutes les économies qu’on peut créer, puisqu’on évite des passages, on peut éviter des passages aux urgences, des passages en hospitalisation. Donc ça, c’est chiffrable, c’est un coût. Il faut qu’on fasse mesurer la qualité de vie des infirmiers, mais aussi des patients et des aidants. Donc nous, notre but, c’est ça. Ce qui nous réconforte, c’est qu’avec Soignons humains, on essaye quand même d’avoir toujours une longueur d’avance. Par exemple, par rapport au fonctionnement que Guillaume a dû expliquer à Audevine, Soignons humains est en train de perpétuer des formations de coachs, pour que des gens qui sont comme nous dans le système et que ça intéresse puissent être coachs à leur tour pour encadrer les nouveaux arrivants. Et là, on a entrepris de faire un recensement des infirmiers qui ne sont pas concernés par l’expérimentation, soit comme chez nous, parce qu’ils ont été mis sur liste d’attente, soit parce qu’ils ne sont pas dans les régions concernées. Et ça commence à arriver, et on a énormément d’infirmiers qui voudraient nous rejoindre et qui vont signer des lettres d’intention de vouloir rejoindre ce système-là. Donc, notre but, c’est de les faire remonter à la CNAM et au ministère et de montrer qu’on n’est pas 127 extraterrestres dans la navette en train d’expérimenter quelque chose, mais qu’il y a beaucoup de monde qui voudrait travailler comme ça. Puisque quand nous, on explique à ces infirmiers-là ce qu’on fait, la réflexion qui arrive au bout d’un quart d’heure : j’ai toujours rêvé de travailler comme ça, j’ai toujours rêvé de faire ça. J’ai fait des formations de ceci, j’ai fait des formations de stomathérapeute, je ne peux pas les appliquer, je n’ai pas une cotation pour me permettre de la mettre en route auprès de mes patients. J’ai fait de l’éducation thérapeutique, mais il n’y a pas de programme, je ne peux pas le faire et être coté. Voilà. Donc ces infirmiers-là, ils n’attendent qu’une chose : c’est de pouvoir nous rejoindre. Donc le but vraiment, c’est de faire remonter ça, de faire mesurer tout ce qu’on est en train de faire et tous les résultats qu’on a pour que la pérennisation ait lieu.
Dominique Jakovenko 42:16Sous quelle forme ça, ça sera après… à la caisse, à la CNAM, c’est à tous les gens qui sont autour d’eux de trouver le système. Mais il faut que ça perdure et qu’il y ait de plus en plus d’infirmiers qui viennent pour eux, pour leurs conditions de travail, mais surtout pour les patients, pour les usagers. C’est vrai qu’on entend tellement les gens qui nous disent, depuis qu’on est dans ÉquiLIBRES : quelle chance on a de vous avoir, quelle chance que vous avez intégré cette expérimentation.
Nous, on a proposé, on n’a rien à cacher puisque c’est que du réel. On a proposé à la société qui évalue l’expérimentation de contacter les patients. Donc apparemment, ce n’est pas possible pour le moment, pour une histoire d’accord CNIL. Mais on espère qu’ils vont pouvoir contacter ces patients. Et il y en a des dizaines, des centaines, qui vont expliquer pourquoi. J’ai un autre exemple, si je peux. Je faisais de l’éducation thérapeutique dans un programme sur la clinique. Et en tant qu’éducateur, j’étais amené à faire de l’éducation avec un patient qui avait de gros, gros problèmes : il était en obésité morbide, en problème respiratoire, problème cardiaque, problème de diabète et tout. Et quand j’ai fait mon bilan éducatif partagé avec lui, c’était quelqu’un qui avait de la volonté, mais qui était complètement perdu. En fait, c’est un monsieur qui vivait seul chez lui, dans des conditions pas très favorables, mais qui ne connaissait rien au système de santé, qui ne connaissait rien au niveau des personnes à qui il pouvait s’adresser, qui n’avait pas d’infirmiers, qui n’avait pas de médecin traitant. Et moi, je n’ai pas le droit de capter des patients comme ça. Donc je lui ai dit : mais il faut faire quelque chose. Si vous voulez, moi je peux vous trouver un infirmier. Et il y a plein de choses à mettre en route parce que vous ne pouvez pas rester comme ça. Il m’a dit : ben moi je veux bien, mais je ne sais pas où aller. Je ne sais pas. Je lui ai dit : mais vous n’avez pas d’infirmiers ? Il dit : non, jusqu’ici, moi je n’ai jamais eu d’infirmiers. Je vais au labo, je me déplace, je n’ai pas d’infirmiers. Il me dit : mais vous n’avez qu’à venir chez moi. Je dis : ben ouais, mais on va voir, on va réfléchir, parce que je ne veux pas être accusé de détournement de patientèle. Et puis en fait, comme il n’avait personne et tout, avec mon cabinet, j’ai demandé à mes collègues, on a accepté de le prendre en charge. On lui a trouvé un médecin traitant, donc on lui a trouvé un cabinet d’infirmiers. Il ne sortait plus de chez lui, il avait même des difficultés à marcher à cause de complications dues à son état. Et puis, au niveau respiratoire, il avait une machine pour respirer la nuit, mais qui n’était pas, ou très peu utilisée, parce qu’il ne la supportait pas. J’ai dit : mais vous n’en avez pas parlé à votre pneumologue que je connais bien ? Il me dit : oui, mais quand on y va, ça dure dix minutes, un quart d’heure, il nous pose deux, trois questions. Moi, je peux… qu’est-ce que vous voulez que je lui dise ? Donc, comme on était dans ÉquiLIBRES, j’ai pris rendez-vous avec ce patient chez le pneumologue que je connaissais.
Dominique Jakovenko 45:28Et je lui ai dit : François, je viens avec monsieur Untel, mais je te préviens, il faut au moins trois quarts d’heure. Il y a plein de choses qu’il faut que tu saches, mais il faut qu’on ait le temps de te les dire. Il a bloqué trois quarts d’heure. Et en fait, ça a été l’occasion de lui expliquer pourquoi il ne prenait pas sa machine comme ça lui avait été prescrit, d’expliquer les contraintes qu’il avait et les incompatibilités avec son état.
Et du coup, le pneumologue a dit : mais attends, ça, ça peut être résolu. On va demander à la société qui gère la machine de venir faire des réglages différemment. Explique-lui bien qu’il peut faire ça, il peut faire ça, il peut faire ça. Et en fait, eh ben, en trouvant une situation adaptée à ce patient, il prend sa machine. Et quand on est retournés voir le patient, le pneumologue avec le patient, le bilan au niveau des échanges gazeux s’était beaucoup amélioré. Il n’avait plus besoin de l’oxygène qu’on avait mis en route. Il a un médecin traitant. Au niveau de sa santé, elle est beaucoup mieux. Grâce à ÉquiLIBRES, on a fait de la coordination médico-sociale avec les MAIA. On a mis en route des livraisons de repas pour avoir une alimentation équilibrée. En fait, tous les voyants sont au vert. Et ce patient, il a dit : mais moi, je ne vous quitte plus, je ne vous laisse plus passer le portail, vous restez là. Et voilà. Et ça, si on n’a pas ÉquiLIBRES, on ne peut pas le faire, on ne peut pas le faire.
Aude Nyadanu 46:58Donc on comprend qu’en fait, au-delà des gestes médicaux, paramédicaux qu’on demande aux infirmiers habituellement, là on a un accompagnement vraiment global sur le plan social aussi, sur le plan psychologique. Il y a même un rôle en fait de médiation un peu entre le médecin et le patient, parce qu’il y a besoin parfois de traduire, de demander plus et de casser un peu cette relation qui peut être hiérarchique.
Je pense aussi que l’infirmier a un rôle très privilégié et beaucoup plus proche du patient et que grâce à ça, en fait, vous arrivez à faire le pont avec d’autres acteurs qui ne sont pas faciles à toucher. On voit vraiment bien tous les bénéfices de cette expérimentation. Et moi je me pose la question : en quoi ÉquiLIBRES, en quoi cette expérimentation qui est finalement délimitée dans certaines régions et surtout sur le soin à domicile, en quoi ça va impacter l’ensemble du système de santé ? Et notamment, est-ce que tu penses que ça peut avoir des conséquences aussi sur ce qui se fait à l’hôpital ou dans d’autres contextes ?
Dominique Jakovenko 47:59En fait, oui, ne serait-ce que rien qu’avec le rôle de coordination, parce que les patients qui sont en ville, ils ont quand même des consultations à l’hôpital. Mais quand ils vont voir un spécialiste à l’hôpital, c’est une fois ou deux fois par an, et ils y vont rapidement, c’est une ambulance qui les emmène, on leur pose quelques questions. Mais il y a plein de choses qui ne sont pas sues par le spécialiste qui les reçoit.
Pareil, c’est un autre exemple, mais je pourrais en donner des centaines. C’est pour ça que c’est duplicable et que ça peut permettre à beaucoup de patients de s’y retrouver et d’être mieux pris en charge. On a un patient qui avait fait une grosse dépression et qui avait été un patient à ma femme parce qu’il avait déménagé, il était sur une autre commune. Et un jour, en discutant comme ça et puis en faisant son pilulier, il avait quatre antidépresseurs différents. On s’est posé des questions, on a dit : mais comment c’est possible que vous ayez quatre antidépresseurs ? Quand est-ce que vous avez vu le psychiatre pour la dernière fois ? Eh bien, ça fait quatre ans. Et pourquoi vous ne l’avez pas revu depuis ? Parce que ça ne va pas trop mal, et puis voilà, j’ai mon traitement. Alors il y avait ses fils qui étaient là. Et on a dit : mais vous comprenez bien quand même que quatre antidépresseurs pour la même personne, il y en a sans doute au moins un de trop. Après, il faut creuser, il faut voir. Mais est-ce que vous êtes d’accord pour qu’on prenne un rendez-vous chez un psychiatre pour refaire le point sur votre santé ? Il nous dit oui, mais tout seul, mais qu’est-ce que je vais dire ? J’ai ma petite collègue Béatrice qui a dit : j’irai. Et en fait, pareil, elle l’a accompagné chez le psychiatre. La première consultation, ça a duré une heure. La psychiatre était un peu étonnée d’avoir le patient arriver avec son infirmière. Puis on lui a expliqué ce qu’était ÉquiLIBRES. Elle a dit : OK, rentrez. Et une des premières questions, elle lui a dit : bon, alors, monsieur, quel est votre traitement ? Oh, ben ça, il faut demander à Béatrice. Et malheureusement, c’est souvent comme ça. Et voilà. Et donc Béatrice, elle a dit : ben voilà. Elle est venue avec sa fiche de traitement et a dit : voilà ce qu’il a : ça, ça, ça et ça. Et la psychiatre a fait : mais ce médicament, votre cardiologue, il ne vous a pas dit que c’était contre-indiqué avec tel médicament ? Ben non. Donc voilà. Première chose, c’est qu’on a arrêté ce médicament. Et puis, quand elle a vu qu’il avait quatre antidépresseurs, elle a dit : bon, on va déjà en enlever un. Et puis, on va revoir, par exemple, la façon dont vous les prenez, à quelle heure vous les prenez. Et c’est un patient qui se couchait tard, qui se levait très tard et qui avait inversé son rythme de vie, quoi. Et depuis qu’on a fait ça, il y a un changement total. Il est beaucoup mieux, il fait plus de choses. Et ses deux garçons nous ont dit : mais une chance qu’on vous a, que vous êtes dans cette expérimentation, c’est super. Et ça, nous, dans les 127 qu’on est à être dans ÉquiLIBRES, quasiment tous les cabinets peuvent te faire des remontées comme ça.
Dominique Jakovenko 51:07Donc, on ne peut que penser que ça peut se reproduire. Mais il y a 110 000 infirmiers libéraux.
S’il n’y en a qu’un tiers qui travaillent comme ça, est-ce qu’on se rend compte du bien-être des patients, mieux vivre avec sa maladie, ce qu’on devrait offrir à tout le monde ? Voilà. Donc oui, c’est possible, il faut le vouloir.
Aude Nyadanu 51:31C’est une belle, belle fin je pense. Mais on a toujours une petite question pour terminer l’épisode. Puisque notre podcast s’appelle Les Transformateurs, on pense qu’ils sont très nombreux. Et j’aimerais que tu nous aides à identifier d’autres transformateurs. À ton avis, qui est-ce qu’on devrait interviewer dans un prochain épisode ?
Dominique Jakovenko 51:49Là, l’autre jour, j’ai écouté le podcast d’Inès, et il y a quelque chose… Ça serait peut-être bien que tu interviewes les concepteurs d’une application numérique qui s’appelle Entracte, une application numérique de coordination, et qui marche très, très bien dans l'Essonne. Il y a plus de mille professionnels de santé qui sont sur cette application. Elle a démontré ses capacités au niveau de la relation ville-hôpital, comme on parlait tout à l’heure, notamment avec le CH Sud-Francilien.
Avec la CPAM 91. Il faut savoir que la CPAM 91 a arrêté le Prado maternité pour le confier à Entracte, tellement ça marche bien. Après, comme le disait Inès, il y a des expérimentations d’acteurs de terrain qui marchent très bien, mais qui ne sont pas forcément connues et qui ne percent pas parce qu’elles ne répondent pas au standard. On marche en silo, alors tout ce qui vient d’en haut, ça doit descendre et être bon partout. Mais suivant les territoires, suivant les régions, suivant les professionnels, bah non, ça ne marche pas partout. Donc je ne sais pas, ça serait peut-être quelque chose qui mériterait d’être mis en lumière.
Aude Nyadanu 53:17Eh bien, avec plaisir. Justement, on essaie de repérer des initiatives inspirantes qui ne sont pas forcément connues, mais qui gagneraient à l’être. Et je pense qu’ÉquiLIBRES en faisait partie. Donc merci beaucoup Dominique.
Pour les auditeurs, auditrices, je précise que Inès est Inès Gravey, qu’on a interviewée dans le tout premier épisode. Donc vous pouvez écouter aussi son épisode si vous voulez. Dominique, vraiment, je voulais te remercier du fond du cœur pour cette interview, qui m’a, à vrai dire, un peu donné des frissons. Ce que je retiens de ta vision du soin et de cette intervention, c’est vraiment beaucoup de poésie, en fait, la poésie du soin je pense, que tu arrives à exprimer parce que tu peux prendre ton temps grâce à ce dispositif. Et je pense que ça fait rêver, comme tu disais, tu parles du Père Noël. Je pense que ça fait rêver beaucoup de soignants. Je pense que c’est un métier que vous avez choisi par conviction, par passion et par vocation, et qu’on l’entend quand tu parles. On t’entend sourire, on t’entend exprimer vraiment ta joie de pouvoir faire ton métier comme tu l’as imaginé. Et j’espère que ça pourra inspirer nos décideurs et puis peut-être d’autres infirmiers qui pourront rejoindre votre fonctionnement le jour et pour s’étendre. Voilà, un grand, grand merci Dominique.
Dominique Jakovenko 54:25Merci à vous d’avoir mis en lumière cette expérimentation formidable. Lydwine en connaît déjà beaucoup. Je ne sais pas si ça a pu peut-être donner un autre versant et une autre facette. Mais c’est vrai que merci d’en parler, parce qu’il y a 127 infirmiers heureux. Il y a une équipe formidable qui nous entoure, qui nous a permis d’y accéder. Et puis il y a des centaines de patients surtout qui ont une prise en charge adaptée à leurs besoins. Et c’est quand même ça la base du système de santé : répondre aux besoins des usagers, de la population.
Aude Nyadanu 55:01Et on retient ce que tu nous as dit tout à l’heure : se rendre inutile.
Dominique Jakovenko 55:05Voilà.
Aude Nyadanu 55:06C’est une belle manière, je pense, de voir son métier.
Dominique Jakovenko 55:08Si je peux me permettre… Comme on travail en équipe, par exemple sur Alès, on est trois cabinets, et dans les autres régions aussi, on a des collègues qui ont un peu de la peine à se rendre inutiles. Ils ont peur d’abandonner leurs patients. Mais on leur dit : on ne les abandonne pas. Mais on les a tellement bien accompagnés qu’à un moment, il faut qu’ils prennent leur envol.
On est beaucoup à être papa et maman. On façonne un peu la jeunesse de nos enfants, on essaie de les accompagner. Et puis un jour, ils nous disent au revoir et ils vivent leur propre vie. Il y a des patients qui ont des pathologies, qui ont des problèmes, mais quand ils sont bien autonomisés, ils ont aussi le droit, moi je dirais que pour un soignant c'est aussi un devoir, de prendre en charge et de vivre leur vie avec un petit espace de liberté en sachant qu'ils ont toujours le bouton d'appel, l'alarme pour nous faire venir quand il y a besoin.
Aude Nyadanu 56:18Donc les laisser s'envoler, mais avec un parachute.
Dominique Jakovenko 56:20
Voilà !

Aude Nyadanu 56:22Aller on va s'arrêter là pour aujourd'hui, mais encore une fois en te remerciant : merci Dominque !