À quoi va ressembler la santé en 2022 ?

Ouvert à la fin de l'année 2021, PariSanté Campus a accueilli un rendez-vous annuel, qui s'est tenu pour la 6ème année consécutive : la WebTV Les Grandes tendances de la e-santé, organisée par Interaction Healthcare. L'occasion de décrypter les tendances annoncées ou confirmées pour l'année ainsi que les grands chantiers de e-santé à venir. Une matinée présentée par Jérôme Leleu et Wassinia Zirar. 
Marquée par la stratégie d'accélération du numérique en santé et par la crise de la Covid-19, 2021 n'était que l'aube d'une année où de nombreux projets et nouveautés se profilent déjà à l'horizon, et où le système de santé se centrera encore davantage sur le patient et le citoyen.
Curieux de tech, mais loin de nous y intéresser uniquement - nous ne nous appelons pas Lowpital pour rien 😉 nous avons souhaité relever certains enjeux, questionnements et propos liés à l'intérêt des patients et des professionnels de santé. En effet, comme beaucoup d'autres acteurs de la santé, nous sommes convaincus que le numérique vient servir le bien-être des patients, de leurs aidants et professionnels de santé.

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Jérôme Leleu

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Wassinia Zirar

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Dominique Pon

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Laura Létourneau

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Géraldine Giboire

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Fabrice Denis

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Thierry Marquet

Dès le début de la conférence, nous avons pu nous réjouir d'une parfaite parité entre femmes et hommes sur le plateau, grâce à Femmes de Santé, dont une représentante a pu participer à une table-ronde au cours de la matinée. C'est donc la première "tendance" que nous avons observée et dont nous nous sommes réjouis !

La place du patient en 2022

2021 a été marquée par plusieurs grands chantiers : la feuille de route du Numérique en Santé, déploiement de Mon espace Santé, et le Ségur du numérique en santé. Le tout a nécessité une coordination entre les acteurs publics, privés, industriels, les start-ups... et les citoyens dans tout ça ?Dès le 3 février prochain, Mon Espace Santé se déploiera à l'échelle nationale.
Ce qui suscite quelques questions et inquiétudes, formulées en partie par Géraldine Giboire, patiente partenaire et membre de Femmes de Santé, présente sur le plateau. En effet : quid du droit à l'oubli pour les patients ?

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Le droit à l'oubli est un droit d'occulter son passé médical. Particulièrement demandé par les associations de patients vivant avec un cancer, ce droit permettrait à de nombreux patients de ne pas être des "patients à perpétuité". Le cancer notamment projette une grande ombre sur beaucoup d'aspects financiers, professionnels et sociaux de la vie d'un patient. En l'état actuel des choses, pour une personne souscrivant un contrat d’assurance emprunteur, le délai de déclaration d'une ancienne pathologie cancéreuse a été ramené de vingt à dix ans après la fin du protocole thérapeutique.

Aussi, quel accès au numérique pour les personnes éloignées du numérique, ou n'ayant pas une bonne connexion ? Au cours de la matinée, nombreux sont les invités qui ont fait allusion à la fracture numérique et à l'illectronisme. Un enjeu majeur du déploiement de Mon Espace Santé - conjointement à celui de l'interopérabilité avec d'autres outils numériques.
Dominique Pon, également présent, avait anticipé cette question en évoquant le fait que le dispositif prendrait du temps et que sa réussite était déterminée à la confiance des Français. "Dans les mois à venir, il ne faudra pas jeter le bébé avec l'eau du bain dès qu'on rencontrera des obstacles. Il faudra persévérer, construire humblement et gagner la confiance des citoyens."- a-t-il affirmé. Pour construire cette confiance, des solutions d'accompagnement seront proposées au 13 millions de Français éloignés du numérique. Nous apprécions le fait qu'une personne chargée d'un tel niveau de responsabilité mette en avant l'humilité et la confiance au coeur de ses propos. C'est d'ailleurs pour cela que nous l'avions interviewé dans la saison 2 des Transformateurs !

"Écouter et faire confiance, ce n'est pas très original comme démarche !" avait lancé à Aude le Dr Philippe Leduc lors du Forum Santé 2025. Ce à quoi elle a répondu :

Pardon de vous contredire, mais, si c'est original. On a souvent une présomption de défiance envers les citoyens. On se demande quel risque on prend à les laisser participer. Moi ma question, c'est quel risque on prend à ne pas les laisser participer ? A côté de quoi on passe quand on refuse les idées et les propositions qui peuvent venir, oui, de personnes qui ont des profils originaux, qui n'appartiennent pas à des grandes organisations mais qui proposent des choses pour leurs communautés ? C'est là-dessus qu'il faudrait qu'on s'appuie pour construire la santé publique de demain.

Nous sommes convaincus que la confiance est une attitude qu'il faut remettre au coeur de la co-construction de notre système de santé.

La co-construction de notre système de santé

Laura Létourneau confie que s'appuyer sur les citoyens a été une évidence vite constatée :

On ne cesse de répéter qu'il faut mettre le citoyen et le patient au centre. MAis on s'est rendu compte qu'il nous manquait à nous, agents publics, un élément indispensable pour y parvenir ! Pour des questions aussi simples que l'accèes à leurs données par leur médecin, kiné, pharmacien, on s'est rendu compte qu'on n'avait pas l'avis des citoyens. On s'est dit qu'il fallait qu'on trouve une solution : elle ne sera pas parfaite, mais elle ne peut pas être pire que celle qu'on utilise aujourd'hui. C'est-à-dire qu'on demande à nos amis, nos familles, nos collègues ce qu'ils en pensent, et on supposent que leurs avis sont représentatifs de ce que les Français pensent en moyenne. Donc on a lancé un comité citoyen du numérique en santé avec 30 citoyens tirés au sort.

De cette façon, chaque citoyen mobilisé a pu donner son avis et exprimer ses idées, ses craintes face à ce nouveau dispositif, et tester les nouveaux usages du numérique.
Elle a salué ce fonctionnement qui a apporté de nouvelles idées : "Monsieur Tout-Le-Monde est tout à fait capable d'apporter des idées pertinentes dans le processus de construction d'un projet." C'est exactement la démarche que nous menons dans nos créathons : ce sont parfois les personnes les plus éloignées du soin qui peuvent apporter le regard le plus neuf dans un projet. Et ça ne manque jamais de pertinence ! Nous souhaitons que les citoyens puissent avoir une vraie voix au chapitre dans notre système de santé : ils ne sont pas là pour être mis devant le fait accompli, mais bien pour co-construire avec nous !C'est aussi pour cela que nous accordons une grande importance à la phase immersive de toutes nos missions de conseil. On ne saurait penser une solution innovante sans convoquer toutes les parties prenantes de ladite solution. Oublier les personnes-clé peut être fatal à votre projet !
C'est d'ailleurs en ce sens que Thierry Marquet a rappelé l'importance de considérer le numérique comme une solution destinée avant tout aux patients, aux professionnels de santé et aux aidants. Une solution, et pas une fin en soi. Le numérique ne doit pas être un outil de plus, mais bien au service de la population. Il a également rappelé l'importance de la co-construction de l'innovation avec les patients. Et ça... on ne peut qu'être d'accord avec lui, vous commencez à nous connaître 😉

De nouvelles compétences dans le système de santé

Par ailleurs, son intervention nous a marqués pour une autre raison : il a aussi souligné l'importance de recruter des nouveaux profils dans l'écosystème de la santé. Il plaide pour un système de santé ouvert à d'autres champs de compétences afin d'être plus efficient, tant d'un point de vue économique que du point de vue des parcours de soins. C'est une des raisons pour laquelle nous avons ouvert une communauté en ligne en 2021 : nous sommes convaincus que l'enrichissement de la santé par de nouveaux profils le rendra plus humain, plus riche et plus efficace.
Toutefois, cet apport de nouveaux talents ne sera pas suffisant : la formation des professionnels de santé au télésuivi et à l'accélération du numérique est un enjeu majeur de ce grand déploiement en 2022. Ce que Fabrice Denis souligne en ce sens, c'est que la plupart des professionnels de santé ou étudiants en médecine qui se lancent dans l'entrepreneuriat le font en dehors de leur cursus, en s'étant formés eux-mêmes au numérique. Il souhaite qu'à l'avenir, un véritable socle de compétences soit dispensé aux futurs soignants pour accélérer les usages et développements du numérique. De notre côté, en 2022, on compte bien outiller des soignants avec une méthodologie qui aide à entreprendre : vous savez à quoi on pense. Le design thinking ! 

Les tendances de la low-tech en santé

Du point de vue tech, 4 tendances tech ont été dégagées pour cette année :● l'utilisation de l'intelligence artificielle● celle des thérapies digitales, et particulièrement en santé mentale (on vous l'avait dit dans notre newsletter de janvier ! 😎)● la télésanté qui se taillera une plus large place pour les patients, en intégrant davantage une logique de parcours,● le metaverse : il pourra apporter de nouveaux usages immersifs à la santé, en formation notamment. Un atout pour notre méthodologie préférée - on a nommé le design thinking ?
On retient donc qu'en 2022, le numérique en santé va être grandement accéléré : tous les acteurs qui vont contribuer à ce déploiement semblent avoir le souci que tous ces outils viennent faciliter la vie du patient et des professionnels de santé. Pour autant, verra-t-on plus de patients partenaires dans les hôpitaux ? Plus d'attention accordée aux aidants -qui ont été très peu mentionnés au cours de la matinée ?
En fait... à quand un événement annuel sur les tendances low-tech de la santé ? On en discute avec vous sur la communauté Lowpital ? 😉
Et si en 2022, vous utilisiez l'expérience patient comme levier pour améliorer la qualité des soins et l'attractivité de votre établissement ? Discutons-en !

27 janvier 2022